Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/63

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vres étaient minces et semblaient, comme d’autres parties de sa personne, tout à fait dépourvues d’élasticité, de sorte que leur expression dominante n’était jamais altérée par l’influence d’une émotion quelconque. Cette expression habituelle se devinera, si l’on se figure des dents excessivement longues et proéminentes que les lèvres ne recouvraient jamais, même partiellement. En ne jetant sur l’homme qu’un coup d’œil négligent, on aurait pu le croire convulsé par le rire ; mais un meilleur examen faisait reconnaître en frissonnant que, si cette expression était le symptôme de la gaieté, cette gaieté ne pouvait être que celle d’un démon. Une foule d’anecdotes couraient sur cet être singulier parmi les marins de Nantucket. Toutes ces anecdotes tendaient à prouver sa force prodigieuse quand il était en proie à une excitation quelconque, et quelques-unes faisaient soupçonner que sa raison n’était pas parfaitement saine. Mais à bord du Grampus il était, à ce qu’il paraît, au moment de la révolte, considéré plutôt comme un objet de dérision qu’autrement. Si je me suis un peu étendu sur le compte de Dirk Peters, c’est parce que, malgré toute sa férocité apparente, il devint le principal instrument de salut d’Auguste, et que j’aurai de fréquentes occasions de parler de lui dans le cours de mon récit ; — récit qui, dans sa dernière partie, qu’il me soit permis de le dire, contiendra des incidents si complètement en dehors du registre de l’expérience humaine, et dépassant naturellement les bornes de la crédulité des hommes, que je ne le continue qu’avec le désespoir de jamais obtenir créance pour tout ce que j’ai à raconter, n’ayant pleine