Page:Eekhoud - Kermesses, 1884.djvu/107

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trouva de douces et plaintives paroles d’exhortation, aussi déchirantes que le bramement du cerf enquête de sa biche. Au lieu de la calmer, ces paroles trop tendres achevèrent de l’affoler, et, frémissante, mauvaise, les narines dilatées, elle l’insulta, le défia en mettant en doute sa virilité. Il changea de couleur, perdit contenance, puis éclata d’un rire étrange. Du moins Rosa attribua à un accès d’hilarité moqueuse la contraction extravagante de son visage et le mouvement spasmodique de ses membres. Mais il se calma et, comme furieux contre plus fort que lui, il montra le poing au ciel et lança une imprécation effroyable. La sève s’était révoltée.

Ils touchèrent à la fin de leurs vigiles ; quelques jours encore et le prêtre leur permettrait de satisfaire leurs fringales exigeantes. Ce jour-là, elle serait pleinement édifiée sur la qualité de son homme ; un peu vindicatif, il entendait qu’au lieu de l’exciter, elle fût forcée de demander du répit.

La kermesse allait commencer. Elle serait particulièrement brillante cette année à cause de la joyeuse entrée du roi dans la métropole. On parlait surtout d’une sortie de l’Ommegang, la légendaire cavalcade. Les édiles faisaient construire des chars nouveaux, repeindre et tapisser les anciens, confectionner des costumes ; ils enrôlaient des enfants roses et potelés, de membrus adolescents et surtout d’éblouissantes jeunes filles, qui figureraient dans le cortège, parés de travestis historiques ou déshabillés comme des divinités.