Page:Eekhoud - Kermesses, 1884.djvu/141

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notre opulent terroir, ou vous rendrez hommage à la poitrine de Rika par le plus convoiteux des regards.

Elle se pare de ses humbles affiquets des dimanches : d’une collerette et d’un petit bonnet plat éblouissants de blancheur : d’une jupe et d’un corsage que ne déshonore pas le moindre grain de poussière.

La cloche tinte pour la messe.

Va prier, Rika ; qui sait ? le bon Dieu dessillera peut-être les yeux à tous ces aveugles galants de Viersel.

Elle défilait son chapelet avec tant de ferveur qu’une amie dut la tirer par la robe pour l’avertir de la fin de l’office.

Au dehors, les gaillards pimpants — une fleur entre les dents, les bras croisés — guettent, en rangs serrés, la sortie des dévotes rougissantes, leurs valseuses de ce soir. Des regards d’intelligence s’entrecroisent et dans un sourire, dans une simple inclinaison de tête, on fixe un rendez-vous, on tient une promesse, on se laisse arracher un consentement. Sous le sarrau bleu, sous le fichu bariolé, palpitent d’impatientes tendresses.

Aucune œillade ne quémande l’attention des vives prunelles de l’orpheline, et dans aucune de ces poitrines viriles ne bat un cœur à l’unisson du sien.

Pour rentrer a la ferme, elle doit traverser la foire. Suske Derk a étalé sa marchandise. Rika ne daigne pas même la regarder. Aussi le mercier l’interpelle :

— Hé ! la jolie béguine, on ne s’habille pas seulement d’un scapulaire !

L’heure de midi amène chez les Verhulst grande chère en l’honneur de la kermesse. Maîtres, cousins,