Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/120

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connue, avait eu le bon goût de s’allier avec une vraie famille de Middlemarch ; d’autre part, M. Vincy avait un peu dérogé en épousant la fille d’un aubergiste, mais on avait de ce côté une brillante perspective de fortune, car la sœur de mistress Vincy, seconde femme de M. Featherstone, était morte sans enfants, depuis bien des années déjà, et il était à croire que ses neveux et nièces gagneraient l’affection du riche et vieux Featherstone.

Or, il se trouva que M. Bulstrode et M. Featherstone, deux des plus notables clients de Peacock, avaient, pour des raisons différentes, fait un accueil exceptionnellement aimable à son successeur ; celui-ci avait, en s’installant à Middlemarch, excité bien des oppositions, mais gagné aussi beaucoup de partisans. M. Wrench, le médecin de la famille Vincy, ne se gêna pas pour traiter légèrement la science professionnelle de Lydgate, et il n’y avait pas d’histoire sur lui qui ne fût rapportée dans tous ses détails chez les Vincy, où l’on recevait beaucoup.

Rosemonde souhaitait tout bas que son père invitât M. Lydgate. Elle était lasse des individus et des visages qu’elle avait, tous les jours, sous les yeux, des profils plus ou moins irréguliers, des façons et des propos de tous ces jeunes gens de Middlemarch qu’elle avait connus enfants. Elle s’était trouvée en pension avec des jeunes filles d’une position supérieure à la sienne et dont les frères (elle n’en doutait pas) l’eussent intéressée bien plus que ses camarades forcés de Middlemarch.

M. Vincy était, de son côté, plus disposé à vivre en bons termes avec tout le monde, qu’à prendre parti pour ou contre les gens ; un alderman sur le point de devenir maire est tenu d’étendre le cercle de ses relations ; mais rien ne le pressait de faire si vite la connaissance d’un nouveau venu, il avait pour le moment bien assez d’hôtes à sa table toujours abondamment servie. Cette table restait souvent