Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de sa religion, quelle qu’elle soit. Vous pourriez tout aussi bien doubler votre capital en blasphémant et en jurant, vous ne seriez pas le seul. Vous aimez à être le maître, et il faudra que vous soyez sans doute le premier dans le ciel, sans quoi vous ne vous y plairiez guère. Mais vous êtes le mari de ma sœur et nous devrions nous soutenir mutuellement ; et, comme je connais Henriette, elle s’en prendra à vous de notre querelle, parce que vous vous obstinez sur une misère et que vous refusez de rendre ce service à Fred. Et je ne puis dire que j’accepte cela. Je ne trouve pas cela bien.

Vincy se leva, boutonna son pardessus, et regarda fixement son beau-frère comme pour obtenir une réponse décisive.

C’était sans doute un peu flatteur et grossier miroir que l’esprit du manufacturier présentait aux lumières et aux ombres plus subtiles de beaucoup de ses semblables ; mais ce n’était pas la première fois qu’après avoir commencé par l’admonester, M. Bulstrode finissait par apercevoir dans ce miroir une image vraiment peu satisfaisante de son individu. Il n’était pas dans la nature de M. Bulstrode de céder immédiatement devant des insinuations désagréables. Avant de changer d’avis, il lui fallait le temps de bien formuler ses motifs et de les mettre d’accord avec les principes directeurs de sa conduite. Il dit enfin :

— Je réfléchirai à cela, Vincy. J’en parlerai à Henriette. Je vous enverrai très probablement la lettre.

— Très bien. Le plus tôt possible, s’il vous plaît. J’espère que tout sera arrangé avant que je vous revoie demain.