Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/24

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— Non, vraiment, non. Je n’ai pas dit cela de moi, répondit Dorothée en rougissant.

À l’opposé de Célia, elle rougissait rarement et seulement lorsqu’elle éprouvait de la colère ou une joie très vive. Elle était impatientée contre sir James, ce traître. Pourquoi ne faisait-il pas attention à Célia et ne la laissait-il pas, elle, s’occuper de M. Casaubon ?

Ah ! si ce savant homme daignait seulement prendre la parole, au lieu de laisser continuer M. Brooke, se disait Dorothée.

M. Brooke était précisément en train de lui révéler que la réforme avait une signification ou n’en avait pas, que lui-même était protestant de cœur, mais que le catholicisme était un fait et qu’il était absurde de refuser un acre de son terrain pour y bâtir une chapelle romaine.

— Tout homme a besoin d’être maintenu par le frein de la religion, disait-il ; et, à proprement parler, ce frein n’est autre chose que la crainte de l’au-delà.

J’ai beaucoup étudié la théologie autrefois, dit M. Brooke, je connais un peu toutes les écoles. J’ai vu Wilberforce dans ses beaux jours connaissez-vous Wilberforce ?

— Non, répondit M. Casaubon.

— Eh bien, peut-être Wilberforce n’était-il pas un grand penseur, mais, si j’entrais au Parlement comme on me l’a offert, j’irais m’asseoir au banc de l’opposition, ainsi que l’a fait Wilberforce pour m’y occuper de questions philanthropiques.

M. Casaubon s’inclina et fit observer que le champ était vaste.

Oui, reprit M. Brooke avec son bon sourire ; mais j’ai des documents là-dessus, il y a longtemps que je me suis mis à les collectionner. Il faudrait maintenant les mettre en ordre. Lorsqu’une question me frappait, j’écrivais et on