Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


me répondait… mon dossier est bourré de documents. Comment classez-vous vos documents ?

— En grande partie dans un casier, dit M. Casaubon, faisant comme un effort pour rassembler ses esprits.

— Ah ! je n’aime pas le casier ; j’ai voulu m’en servir, mais tout se brouille dans les cases et je ne sais jamais si tel papier se trouve à la lettre A ou à la lettre Z.

— Je voudrais que vous me permissiez d’arranger vos papiers, mon oncle, dit Dorothée. Je les classerais par ordre alphabétique et sous chaque lettre je ferais une liste des matières.

M. Casaubon fit un grave sourire d’approbation et dit à M. Brooke :

— Vous avez sous la main un excellent secrétaire, à ce que je vois.

— Non, je n’aime pas que les jeunes filles touchent à mes papiers. Les jeunes filles sont trop étourdies.

Dorothée se sentit froissée. M. Casaubon pouvait penser que son onde avait quelque raison particulière pour émettre une telle opinion, tandis que, dans l’esprit de M. Brooke, cette remarque n’avait fait que passer, plus légère que l’aile brisée d’un insecte ; c’était un pur effet du hasard qui l’avait fait tomber sur elle.

Quand les deux jeunes filles furent seules au salon, Célia s’écria :

— Dieu ! que M. Casaubon est laid !

— Célia, c’est un des hommes des plus distingués d’apparence que j’aie jamais vus. Il ressemble d’une manière frappante au portrait de Locke ; il a les mêmes orbites profondes.

— Locke avait-il aussi ces deux petites loupes blanches garnies de poils ? Et son teint, il est absolument blafard !

— Ce n’est que mieux. Tu admires sans doute les hommes qui ont un teint de cochon de lait ?