Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/327

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par l’intermédiaire de Lydgate, disant que Fred devait se hâter de guérir ; car lui, Pierre Featherstone, ne pouvait se passer de son neveu, dont les visites lui avaient beaucoup manqué. Le vieillard lui-même était maintenant presque toujours alité. Mistress Vincy fit part de ces messages à son fils lorsqu’il fut en état de les entendre. Fred, aspirant à savoir quelque chose concernant Mary, tourna vers sa mère son visage pâle et défait, dépouillé de son épaisse chevelure blonde et dont les yeux semblaient s’être agrandis. Il se demandait ce que la jeune fille avait dû éprouver pendant sa maladie ; pas une parole ne passa entre ses lèvres ; mais le don d’écouter avec les yeux appartient à la rare clairvoyance de l’amour, et sa mère, dans la plénitude de son cœur, non seulement devina le désir de Fred, mais se sentit prête à tous les sacrifices pour le satisfaire.

— Que je puisse seulement voir mon fils pleinement revenu à la santé, dit-elle dans sa folle tendresse ; et qui sait ?… peut-être propriétaire de Stone-Court… il pourra alors épouser qui lui plaira !

— Non pas, si l’on ne veut pas de moi, mère, dit Fred. Sa maladie l’avait rendu sensible comme un enfant, et des larmes lui vinrent aux yeux.

— Oh ! prenez un peu de gelée, mon chéri, dit sa mère secrètement incrédule à l’endroit d’un tel refus.

Elle ne quittait jamais Fred à moins que son mari ne fût là pour la remplacer, et Rosemonde se trouvait ainsi, et pour la première fois, très souvent seule. Lydgate ne restait jamais longtemps avec elle ; mais les conversations brèves et toutes simples qu’ils avaient ensemble créaient doucement entre eux cette intimité particulière qui vient de la timidité même. Il fallait bien se regarder en se parlant, et, de quelque façon que ce fût, ils ne pouvaient le faire tout simplement comme d’autres. Lydgate commença à trouver gênante cette obligation de se regarder, et, un beau jour, il fixa ses yeux à terre