Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/446

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jetât autant de lumière sur l’origine de son mariage. Il ne haussa pas les épaules ; mais, à défaut de cette manifestation, il pensa avec une nouvelle irritation au rapprochement de ces jolies lèvres avec de vieux crânes sanctifiés et un tas de choses creuses et vides enchâssées dans l’état ecclésiastique. Il dut prendre garde que son langage ne révélât sa pensée.

— Mais vous pourriez facilement pousser trop loin cette aide secourable et vous user vous-même. Ne restez-vous pas trop enfermée ? Vous avez déjà l’air plus pâle. M. Casaubon ferait mieux de prendre un secrétaire ; il n’aurait pas de peine à trouver quelqu’un qui lui ferait la moitié du travail. Cela le soulagerait plus efficacement, et vous n’auriez besoin de l’aider que dans des besognes plus légères.

— Comment pouvez-vous avoir une telle pensée ? dit Dorothée d’un ton sérieux de remontrance ; il n’y aurait pas de bonheur pour moi si je ne l’assistais dans son œuvre. Que pourrais-je faire d’autre ? Il n’y a pas de bien à faire à Lowick. Mon unique désir est de l’aider davantage. Et il n’aimerait pas à avoir de secrétaire : vous ne parlerez plus de cette idée-la, n’est-ce pas ?

— Certainement non, maintenant que je connais votre sentiment. Mais j’ai entendu M. Brooke et sir James Chettam exprimer le même désir.

— Oui, répliqua Dorothée, mais ils ne comprennent pas, ils voudraient me voir monter à cheval, occuper mes journées à faire bouleverser le jardin, ou à élever de nouvelles serres. J’aurais cru que vous comprendriez que l’intelligence avait d’autres besoins, ajouta-t-elle avec un peu d’impatience. Du reste, M. Casaubon ne peut pas souffrir l’idée d’un secrétaire.

— Mon erreur est excusable, dit Will ; autrefois, j’ai souvent entendu M. Casaubon parler d’un secrétaire, comme s’il eût été heureux d’en avoir un. Il m’avait même, en vérité, ouvert la perspective d’occuper un jour cet emploi,