Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/493

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logue avec sa poupée, M. Farebrother parut dans l’allée du verger, traversant les ombres que projetaient à travers la vive lumière de cette soirée d’août les branches des pommiers et les hautes touffes d’herbe. Il aimait ses paroissiens les Garth, et il faisait assez cas de Mary pour avoir parlé d’elle à Lydgate ; profitant largement du privilège des hommes d’Église de mépriser les distinctions de rang, il disait toujours à sa mère que mistress Garth était plus lady qu’aucune autre maîtresse de maison de la ville, ce qui ne l’empêchait pas d’ailleurs de passer ses soirées chez les Vincy où la maîtresse de la maison, tout en étant moins lady, présidait un salon bien éclairé, garni de tables de whist. Le vicaire respectait les Garth de toute son âme, et sa visite n’était pas une surprise pour eux. Il crut devoir cependant en expliquer le motif tout en distribuant des poignées de main.

— Mistress Garth, je suis chargé d’un message ; j’ai quelque chose à vous dire, à vous et à Garth, en faveur de Fred Vincy. Le fait est… pauvre garçon ! continua-t-il en s’asseyant et en promenant son regard clair sur les trois personnes qui l’entouraient, le fait est qu’il m’a mis dans sa confidence.

Mary sentit battre son cœur plus fort que de coutume. Elle se demandait jusqu’où avait été la confidence de Fred.

— Voilà des mois que nous ne l’avons vu, dit Caleb. Je ne pouvais m’imaginer ce qu’il était devenu.

— Il a été en visite ces derniers temps, parce qu’il faisait un peu trop chaud pour lui à la maison, et Lydgate a dit à sa mère qu’il fallait encore ménager ce pauvre garçon. Mais il est venu hier et il m’a confié tout ce qu’il avait sur le cœur. Je suis très heureux qu’il l’ait fait, moi qui l’ai vu grandir depuis qu’il n’était qu’un gamin de quatorze ans, et qui suis un si vieil ami de la maison que les enfants sont