Page:Eliot - Middlemarch, volume 1.djvu/52

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cevoir, et je voudrais surtout que mon mari fût assez sage pour me guider sûrement et pour m’aider à conformer ma vie à ces principes.

— Parfaitement. Vous ne pouviez exposer plus clairement ce dont il s’agit. Mais il y a des choses bien étranges, poursuivit M. Brooke, qui était décidé dans sa conscience à faire tout ce qu’il pourrait en cette circonstance pour le bien de sa nièce. La vie n’est pas jetée dans un moule, n’est pas déterminée par des lignes et des règles. Je ne me suis jamais marié, moi ; et c’est tant mieux pour vous et les vôtres ; cela vous profitera plus tard. Le fait est que je n’ai jamais assez aimé une femme pour me fourrer dans un piège pour l’amour d’elle, car c’est un piège, vous savez ?… Quant au caractère… il faut aussi penser au caractère et un mari aime toujours à être maître chez lui.

— Je sais qu’il faut m’attendre à certaines épreuves, mon oncle. Le mariage est un état qui comprend les devoirs les plus sérieux. Je n’y ai jamais pensé comme à un simple agrément personnel, dit la pauvre Dorothée.

— Oui, vous ne tenez pas au luxe, à une grande maison, aux réceptions, aux bals, etc… Je vois que la vie de Casaubon pourrait bien vous convenir mieux que celle de Chettam. Vous ferez comme vous l’entendrez, ma chère enfant. Je ne m’oppose point à Casaubon, je l’ai dit tout de suite, car on ne peut savoir comment tout cela finira. Vos goûts sont différents de ceux des jeunes filles en général, et un homme qui est à la fois pasteur et érudit, et qui a des chances de devenir évêque, vous ira peut-être mieux que Chettam. Chettam est un brave garçon, un cœur excellent et loyal, vous savez. Mais il ne donne pas beaucoup dans les idées nouvelles, comme je le faisais quand j’étais jeune. D’un autre côté chez Casaubon, il y a les yeux. Je crois qu’il se les est gâtés à force de lire.