Page:Emile Zola - Une page d'amour.djvu/195

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

causant avec Hélène, occupée de nouveau à ses éternels travaux de couture devant la fenêtre. Depuis la terrible nuit où, dans un cri de passion, elle lui avait avoué son amour, tous deux vivaient sans une secousse, se laissant aller à cette douceur de savoir qu’ils s’aimaient, insoucieux du lendemain, oublieux du monde. Auprès du lit de Jeanne, dans cette pièce émue encore de l’agonie de l’enfant, une chasteté les protégeait contre toute surprise des sens. Cela les calmait, d’entendre son haleine d’innocente. Pourtant, à mesure que la malade se montrait plus forte, leur amour, lui aussi, prenait des forces ; du sang lui venait, ils demeuraient côte à côte, frémissants, jouissant de l’heure présente, sans vouloir se demander ce qu’ils feraient lorsque Jeanne serait debout et que leur passion éclaterait, libre et bien portante.

Pendant des heures, ils se berçaient de quelques paroles, dites de loin en loin, à voix basse, pour ne pas réveiller la petite. Les paroles avaient beau être banales, elles les touchaient profondément. Ce jour-là, ils étaient très-attendris l’un et l’autre.

— Je vous jure qu’elle va beaucoup mieux, dit le docteur. Avant quinze jours, elle pourra descendre au jardin.

Hélène piquait vivement son aiguille. Elle murmura :

— Hier, elle a encore été bien triste… Mais, ce matin, elle riait ; elle m’a promis d’être sage.

Il y eut un long silence. L’enfant dormait toujours, d’un sommeil qui les enveloppait l’un et l’autre d’une grande paix. Quand elle reposait ainsi, ils se sentaient soulagés, ils s’appartenaient davantage.

— Vous n’avez plus vu le jardin ? reprit Henri. Il est plein de fleurs à présent.