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Bourdon a gravé lui-même un grand nombré d’estampes d’après ses tableaux ; tout le monde connoît la suite de ses œuvres de miséricorde. On y admire de belles expressions, un grand style, le cachet de l’originalité, & en même temps une imitation du Poussin, du Dominiquin, &c.


(171) Louis Scaramuccia, de l’école Romaine, naquit à Perouse en 1616, & reçut de son père, qui étoit peintre, les premières leçons de l’art : il se perfectionna dans l’école du Guide, & devint l’un des élève ; chéris de cet habile maître. Il en imita si bien la manière que souvent ses ouvrages ont été confondus avec ceux du Guide. C’est un de ces artistes qui n’ont été grands que par imitation, & qui ne peuvent prétendre à la gloire qui est le prix du génie. Il ne soutint pas sa réputation vers la fin de sa carrière, parce que les traces de l’école étoient effacées de sa mémoire. Il a écrit un traité de peinture intitulé : le Finezze de Penelli Italiani, & mérite une place entre les artistes lettrés. Il est mort à Pavie en 1680, à l’âge de soixante & quatre uns.


(172) Govaert Flinck, appartient à l’école Allemande, par sa naissance, & vit le jour à Cleves en 1616. L’école Hollandoise a droit de le revendiquer, parce qu’il fut élève de Rembrandt, & l’un des plus habiles imitateurs de ce maître. Ses ouvrages sont confondus avec ceux de Rembrandt, & il est bien difficile de ne s’y pas tromper. Dans un âge plus mur, il crut qu’une manière plus fondue rendoit mieux la nature ; il changea la sienne, & le succès de ses derniers ouvrages ne durent pas le faire repentir d’avoir abandonné une imitation servile. Il peignoit très bien le portrait, mais il abandonna ce genre quand il eut vu ceux de Van-Dyck. Il voulut quitter entièrement la peinture, quand il eut vu les ouvrages de Rubens ; mais de vives sollicitations le rappellèrent à ses pinceaux, & il venoit de finir avec applaudissement, pour la maison de ville d’Amsterdam, les esquisses de douze tableaux que lui demandoient les bourgmestres, lorsqu’il mourut en 1670, âgé de quarante-quatre ans.

C. Van Dalen a gravé d’après Flinck, la Vierge allaitant l’Enfant-Jesus, Vénus & l’Amour, Jean-Maurice, Prince de Nassau : J. G. Muller a gravé Alexandre cédant Campaspe à Apelles.


(173) François Romanelli, de l’école Romaine, naquit à Viterbe en 1617 : il vint de bonne heure à Rome, y marqua la plus grande inclination pour la peinture, & fut placé par le cardinal Barberini, son protecteur,


dans l’école de Pietre de Cortone. L’acharnement au travail détruisit sa santé ; il ne put la rétablir que par le repos & par un voyagé à Naples. Il se fit de bonne heure une grande réputation par les ouvrages dont il fut chargé pour le Pape & pour le Roi d’Angleterre. Appellé à Londres par Charles I, il fut retenu à Rome par Urbain VIII. A la mort de ce pontife, la famille des Barberini étant tombée dans la disgrace, le cardinal fut obligé de quitter l’Italie & Romanelli étoit menacé de rester sans occupation. Mais son protecteur ne l’oublia pas & le recommanda au cardinal Mazarin qui le fit venir en France. Il décora de ses peintures le palais de ce ministre qui est devenu l’hôtel de la compagnie des Indes. La galerie de ce palais, dont le plafond est peint par Romanellifait aujourd’hui partie du dépôt des manuscrits de la bibliothéque du roi. Il retourna en Italie, où la jalousie des artistes lui causa mille dégouts, revint à Paris, & peignit au vieux louvre les bains de la reine ; il fit encore un voyage à Rome, & se disposoit à venir s’établir en France, lorsqu’il mourut à Viterbe en 1662, âgé de quarante-cinq ans.

Ses beautés, ses défauts tiennent aux défauts aux beautés de Pietre de Cortone. Il est plus froid ; mais il a de même quelque chose qui ressemble à de la grace, un certain agrément dans les têtes qu’on pourroit prendre pour de la beauté, une abondance, une richesse de composition qu’on appelle quelquefois du génie. Son dessin manque souvent de grandeur & même de correction. Sa couleur à fresque est fraîche & brillante ; elle est moins bonne à l’huile, niais encore agréable. Enffu Romanelli tient un rang assez distingué entre les bons peintres Italiens qui ont remplacé, mais non pas égalé, les premiers successeurs des Carraches. Tel qu’il est, il seroit fort estimable s’il étoit lui-même : mais son mérite n’est qu’un reflet de celui du Cortone, son maître.

Natalis a gravé, d’après Romanelli, le triomphe de la théologie ; C. Bloemaert, Daphné changée en laurier ; J. Vallée, Moyse sauvé.


(174) Eustache le Sueur, de l’école Françoise. Voyez ce qui a été dit de ce maître à l’article Ecole. Charles Simonneau, graveur, étoit un jour au cloître des Chartreux peint par le Sueur, lorsqu’il vit le Brun arriver seul : il se cacha, & entendit ce peintre jaloux s’écrier à chaque tableau : Que cela est beau ! que cela est bien peint ! que cela est admirable ! Ainsi le talent arrache des hommages secrets même à l’envie. On a dit, on a répété que le Sueur seroit devenu un peintre par fait, si une plus longue vie lui eût permis