Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/79

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quitté la vieille Alsace pour toujours. Les conscrits dansaient, ils se balançaient bras dessus, bras dessous, ils poussaient des cris à fendre les nuages, et frappaient la terre du talon en secouant leurs chapeaux, essayant de paraître joyeux tandis qu’ils avaient la mort dans l’âme… enfin, c’est la mode ; et le grand Andrès, sec, raide, jaune comme du bois, avec son camarade tout rond, les joues gonflées jusqu’aux oreilles, ressemblaient à ces êtres qui vous conduisent au cimetière, en causant entre eux de choses indifférentes.

Cette musique, ces cris me rendaient triste.

Je venais de mettre mon habit à queue de morue et mon castor pour sortir, lorsque la tante Grédel et Catherine entrèrent en disant :

« Bonjour, monsieur Goulden ! nous arrivons pour la conscription. »

Je vis tout de suite combien Catherine avait pleuré, ses yeux étaient rouges, et d’abord elle se pendit à mon cou pendant que sa mère tournait autour de moi.

M. Goulden leur dit :

« Ce doit être bientôt l’heure pour les jeunes gens de la ville ?

— Oui, monsieur Goulden, répondit Catherine d’une voix faible ; ceux du Harberg ont fini.