Page:Erckmann-Chatrian - Histoire d’un conscrit de 1813.djvu/80

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— Bon… bon… Eh bien, Joseph, il est temps que tu partes, dit-il. Mais ne te chagrine pas… Ne soyez pas effrayées. Ces tirages, voyez-vous, ne sont plus que pour la forme, depuis longtemps on ne gagne plus, ou quand on gagne, on est rattrapé deux ou trois ans plus tard : tous les numéros sont mauvais ! Quand le conseil de révision s’assemblera, nous verrons ce qu’il sera bon de faire. Aujourd’hui c’est une espèce de satisfaction qu’on donne aux gens de tirer à la loterie… mais tout le monde perd.

— C’est égal, fit la tante Grédel, Joseph gagnera.

— Oui, oui, répondit M. Goulden en souriant, cela ne peut pas manquer. »

Alors je sortis avec Catherine et la tante, et nous remontâmes vers la grande place, où la foule se pressait. Dans toutes les boutiques, des douzaines de conscrits, en train d’acheter des rubans, se bousculaient autour des comptoirs ; on les voyait pleurer en chantant comme des possédés. D’autres, dans les auberges, s’embrassaient en sanglotant, mais ils chantaient toujours. Deux ou trois musiques des environs, celle du bohémien Waldteufel, de Rosselkasten et de Georges-Adam, étaient arrivées et se confondaient avec des éclats déchirants et terribles.