Page:Ernest Cœurderoy - Hurrah !!!.djvu/116

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la corde tendue du pouvoir, entre la vie et la mort, la gloire te le ridicule, le génie et la démence ! comme s’il était possible à eux d’être autre chose — plus ou moins — qu’un Georges-le-Fou ou un Charles-le-Sage ! — Dans l’univers immense, l’homme est un pauvre histrion qui ne ressort un peu que par la mise en scène : le milieu qui nous roule est plus fort que nous. Encore une fois je le dis, pour humilier encore, s’il était possible, la superbe stérile des petits, des bourgeois, plus serviles que des nègres et plus vaniteux de ses singes !

Le gouvernement avide d’autorité ne peut satisfaire son ambition qu’en se faisant le fidèle exécuteur des volontés du peuple à la tête duquel le sort l’a jeté. Le despote d’une nation jeune est forcé, tout vieux qu’il soit, de s’épuiser d’efforts pour satisfaire sa plébéienne moitié ; comme un époux éreinté, la jeune femme ardente à l’amour, la jeune femme toujours maîtresse de l’homme salace.

— « Sede à destris meis » — viens te mettre à ma droite — telle serait, suivant les Livres, l’invitation que le Dieu du ciel aurait adressé à chacun des Dieux de la terre. Selon moi, cependant, c’est une position bien digne de commisération que d’être si près de Dieu et aussi des hommes, et de recevoir de première main les sifflets du parterre et les projectiles du paradis. L’on est cent mille fois plus esclave ainsi de la nécessité des temps, de la force des choses, de la raison d’état, de la Fatalité enfin… Car, dans les têtes les plus élevées de la terre, vous trouverez ce cheveu.

Je me sens une très-médiocre admiration pour le lutteur et le boucher, mais je ne sache pas d’hommes mieux taillés pour la tuerie. Le despote n’est pas non plus le type social que j’admire, mais je ne puis me refuser à re-