Page:Eugène Le Roy - Au pays des pierres, 1906.djvu/42

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reux se joindre dans un lieu écarté fermait les yeux et n’en soufflait mot. Au besoin, on leur « prêtait la main », c’est-à-dire qu’on facilitait leurs rendez-vous — à charge de revanche.

Toutes les sévérités de l’opinion étaient réservées aux femmes infidèles à leur époux, mais il y en avait peu ; en ce moment on n’en comptait que deux dans la ville ; l’une, excusable, car son mari, mauvais goujat, joueur et débauché, l’avait quasiment abandonnée et la battait comme blé sur le sol lorsque par hasard il revenait au logis ; l’autre, gente et frisque femelle mariée à un vieil imbécile, qui ne voulait coucher avec sa femme qu’à la lune nouvelle, n’était pas du pays. Ainsi se vérifiait, à Montglat, la justesse de l’aphorisme de Jean-Jacques.

Non certes, le vieux bobelineur n’eût rien dit, car il était tout réjoui de voir l’amour naissant de ce joli couple. Aussi quand, une huitaine après, Kérado vint chercher son rasoir, et trouvant l’huis clos, resta là planté, tout déferré, le bonhomme s’empressa de le renseigner :

— Ils sont tous à vendanger sur la plaine du Roy !

Et comme la plaine a bien une lieue de traversée en tous sens, il ajouta complaisamment que la vigne de Mauret était sur le chemin de Virazel, pas loin de la « cafourche » des Bos, et qu’à côté il y avait un boqueteau de pins.

Kérado le remercia chaleureusement, et, comme il était de bonne heure, impatient de voir sa mie, il