Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/138

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Pourtant, une quinzaine de jours après, Mascret, qui avait son idée, me trouvant dans la forêt, tira le lacet de son carnier et me dit :

— Connais-tu ça ?

La colère de toutes les canailleries du comte me monta tout d’un coup :

— Oui bien ! dis-je, c’est moi qui l’ai posé !

— Ah ! foutu méchant garnement ! je vais te corriger !

Mais, me jetant en arrière, j’ouvris mon couteau en même temps, prêt à le planter dans le ventre du garde :

— Avance ! si tu n’es pas un capon !

Lorsque Mascret me vit ainsi, les sourcils froncés, les yeux flamboyants, la bouche rinçante, montrant les dents comme un jeune loup qui va mordre, il eut peur et s’en alla après force menaces.


Cependant l’hiver était là ; les pinsons se rassemblaient par troupes, les mésanges quittaient les bois pour les jardins, les grives descendaient dans les prés, et les rouges-gorges venaient autour des maisons. C’est l’époque où l’on balaie la feuille dans les châtaigneraies, où l’on cure les rigoles des prés, où l’on ramasse le gland et autres broutilles comme ça, toutes choses que les gens font en s’amusant : il n’y a pas d’ouvrage pour les journaliers en ce temps-là. Voyant donc qu’elle n’aurait pas de travail autrement, ma mère, qui était bonne filandière, chercha