Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/160

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Une fois rendu à Puymaigre, je fus étonné d’y trouver une nouvelle métayère qui me dit que la Mïon et son homme s’en étaient allés bordiers, du côté de Tursac, et, se reprenant, elle ajouta : « ou de Cendrieux » ; elle ne savait trop. Je connus de suite que la pauvre femme n’était pas des plus adroites, car Tursac est sur la Vézère, en tirant vers le midi, à un endroit où la rivière fait un grand tour, comme le nom l’indique, tandis que Cendrieux est au couchant. La laissant donc, je rentrai dans la forêt, et, en cheminant, je vins à penser à Jean le charbonnier qui avait aidé mon père à se cacher. J’avais ouï dire qu’il était du côté de Vergt, où il avait pris du charbon à faire, mais, pour savoir au juste, j’allai aux Maurezies, où il avait une petite maison à lui. Lorsque j’y fus, on me dit que Jean avait fini à Vergt, et qu’il était pour l’heure dans la forêt de la Bessède, au delà de Belvès. Voyant ça, je remerciai les gens et je m’en fus au hasard, cherchant les bonnes maisons, car ce n’est pas chez les pauvres qu’on a de grands troupeaux de dindons à garder.

À ceux que je rencontrais sur les chemins, dans les villages, je demandais où je pourrais trouver à me louer, mais les premiers auxquels je m’adressai ne me surent rien dire de bon. Lorsque c’étaient des femmes, comme elles sont curieuses, tout ainsi que des hommes qu’il y a, elles me demandaient de chez qui j’étais et, après que je leur avais dit bonnement la vérité, je