Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/169

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— Comment, malheureux ! c’est toi qui as mis le feu à la forêt de l’Herm ?

Après que je lui eus répété la chose, il resta un moment sans parler, les yeux sur la carte. Puis, relevant la tête, il me dit, d’une voix qui me remuait dans le creux de l’estomac :

— Souviens-toi bien de ne plus jamais mentir ! Et rappelle-toi aussi qu’il faut pardonner à ses ennemis.

Pardonner au comte de Nansac ! c’était une idée qui ne me riait pas : il me semblait que ce serait une lâcheté et une trahison envers mes parents morts ; mais je ne dis rien, et le curé se leva en m’avertissant de l’attendre.

Tandis qu’il était dans une seconde chambre à côté, où il couchait, je regardai celle où j’étais.

Elle était grande, comme dans les maisons d’autrefois où l’on ne s’enfermait pas dans des boîtes ainsi qu’aujourd’hui. Les murs nus, mal unis, étaient blanchis à la chaux ; au plafond, des solives passées en couleur grise ; sous les pieds, un plancher raboteux et mal joint. Au milieu était la table massive où mangeait le curé ; dans le fond, un cabinet ancien en noyer ; sur le grand côté, un grossier buffet du même genre sans dressoir, faisait face à la cheminée en bois de cerisier, surmontée d’un crucifix de plâtre comme en vendent les colporteurs. Autour de la pièce, le long du mur, de vieilles chaises tournées, communes, étaient rangées, et, au bout, une fenêtre à profonde embrasure, sans