Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/174

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— Dans la chambrette qui est derrière la tienne, où l’on met les hardes ; tu lui arrangeras le lit de sangles.

Et il alla dans le jardin lire son office.

Le soir, M. le chevalier de Galibert vint après souper, et, me voyant, dit :

— Ah ! ah ! voilà le petit sauvage de la Forêt Barade… Quels yeux noirs, et quels cheveux ! il y a là une goutte de sang sarrasin… Et que faisais-tu là-bas, garçon ?

Lorsque je lui eus conté mon histoire, sans parler pourtant de l’étranglement des chiens ni de l’incendie de la forêt, le chevalier tira une tabatière d’argent de la grande poche de son gilet, prit une bonne prise, et donna cette sentence :


Cil va disant : « Noblesse oblige, »
Qui, maufaisant, ses pairs afflige.


Puis il s’en fut trouver le curé au jardin en marmottant entre ses dents :

— Décidément, ce Nansac ne vaut pas cher.

Deux jours après, j’étais habillé de neuf, et j’avais une chemise blanche. Mon pantalon et ma veste de droguet me semblaient superbes après mes guenilles ; mais je continuai à aller tête et pieds nus.

— À ton aise, m’avait dit le curé ; pourtant, le dimanche, il te faudra mettre les bas que la Fantille te fait, et tes sabots, pour venir à la messe.