Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/337

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Cassius, dont nous avait parlé le chevalier. Il allait par la ville, disant qu’il faudrait refaire la Révolution, puisque la leçon n’avait pas été suffisante pour quelques-uns qui voulaient recommencer les tyranneaux de jadis.

Devant tout ce bruit et le parler ferme du chevalier, il fut arrêté qu’une nouvelle perquisition serait faite le lendemain matin. Mais, dans la nuit, un exprès fut envoyé au comte : par qui ? on ne l’a jamais su ; toujours est-il que, le matin, on me trouva sur le grand chemin, comme j’ai dit, ce qui coupa court à toute nouvelle recherche. Au surplus, la justice tenait si peu à éclaircir cette affaire que je ne fus pas même interrogé.

Pour moi, dès que la force et la volonté me furent revenues, je renouvelai en moi-même le premier serment que j’avais fait de me venger du comte de Nansac, et, dès lors, j’y songeai toujours. Mais, auparavant, quelque chose me tourmentait plus que la vengeance, c’était l’envie de revoir ma Lina. Il me tardait de pouvoir marcher assez : aussi, dès que je le pus, malgré que Jean essayât de me faire repousser la chose au dimanche d’après, je fus à Bars, et j’attendis la sortie de la messe comme d’habitude. La Bertrille sortit d’abord seule, et, me voyant, vint vers moi.

— La Lina est là ? lui dis-je, sans autre compliment.

Elle me regarda d’un air si tristement étonné,