Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/356

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barricadées qu’il fallut enfoncer, on les trouva cachées au fond d’un cabinet, derrière des robes accrochées au mur. Tremblantes de peur, elles se jetèrent aux pieds de ces paysans qu’elles avaient tant de fois maltraités.

— Ne craignez rien, leur dis-je, nous ne sommes pas de la race des Nansac, pour insulter ou battre des femmes : allez vous vêtir et revenez promptement.

Et je descendis. Dans la cour noire, où brillaient seulement quelques lanternes portées par des paysans, le comte était là, les mains liées, n’ayant sur lui que son pantalon et sa chemise toute en loques. Près de lui, épeurés, se tenaient les gens du château ; et tous ceux des villages, hommes et femmes, les entouraient et leur reprochaient leurs méfaits avec des injures et des gestes menaçants ; quelques-uns même commençaient à crier qu’il fallait faire passer le goût du pain au Nansac. Lui, très pâle, tâchait d’assurer sa contenance devant la « paysantaille », comme il avait coutume de dire, mais on voyait tout de même qu’il rageait et tremblait en même temps de se sentir à la merci de cette foule irritée qui grossissait maintenant des vieux et des petits droles des villages, réveillés par les coups de fusil.

Quand j’arrivai, une femme en cheveux gris, celle qui m’avait répondu la première, là-bas, à la Peyre-Male, écartait les gens, et, furieuse, envoya au comte un coup de bâton qui lui tomba sur le cou au mouvement qu’il fit :