Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/357

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— Foutu gueux ! ma drole est perdue par la faute de ton coquin de fils : tu vas payer pour lui !

Et à cette voix s’en joignaient d’autres, clamant leurs griefs au comte, et, dans la colère, lui portant les poings sous le nez, cependant que l’un le tenait déjà à la gorge et que les bâtons et les serpes se levaient sur sa tête : il était temps d’arriver.

Le sang découlait de ma joue, et je sentais ma blessure de l’épaule saigner sous ma veste ; mais malgré ça j’écartai la foule, et, levant le bras, je criai :

— Arrêtez !… Jusqu’ici, braves gens, je vous ai bien conseillés, n’est-ce pas ? Eh bien, écoutez-moi encore !… Vous avez tous à vous plaindre de cet homme et des siens ; il n’est pas de coquineries qu’il ne vous ait faites…

— Oui ! oui !

Et tous autour du comte, le poing tendu, ou brandissant une arme, lui crachaient ses canailleries à la face.

— Mais toi, Jacquou, me cria une femme, tu as le plus à te plaindre de tous !

— C’est vrai, Nadale ; cet homme est la cause que mon père est mort aux galères ; que ma mère est morte de misère, désespérée ; que ma pauvre Lina s’est allée jeter dans le Gour me croyant disparu à tout jamais ; pour moi, il m’a tenu quatre jours et quatre nuits dans le fond de l’oubliette de la prison, et si je n’y suis pas