Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/416

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on chantait fort, et en passant j’aperçus le fameux Guilhem de la Mathive, saoul comme la bourrique à Robespierre, ainsi qu’on dit, je ne sais pourquoi. Au bout des maisons, qui ne sont pas en quantité, au moment où je passais devant une petite bicoque, la Bertrille en sortit et, me voyant, vint à moi.

— Et comment ça va ? lui dis-je.

— Hélas ! mon pauvre Jacquou, j’ai eu bien des malheurs depuis que je ne t’ai vu !

— Et quels, ma Bertrille ?

— Ma mère est tombée paralysée et ne bouge plus du lit, et puis mon pauvre Arnaud est mort là-bas, en Afrique, six mois avant d’avoir son congé.

— Pauvre Bertrille, je te plains bien !

Et, là-dessus, nous nous entretînmes de nos malheurs à tous deux ; moi lui parlant de son bon ami, elle me parlant de Lina.

Et, à ce propos, elle me dit que cette vieille gueuse de Mathive était tout à fait malheureuse avec ce mauvais sujet de Guilhem qui avait pris une jeune chambrière à la maison, mangé le bien à moitié, et par-dessus le marché la rouait de coups.

— Et tant mieux ! fis-je, je ne serai content que lorsque je la verrai, le bissac sur l’échine, crever au bord de quelque chemin !… Mais ta mère, — repris-je, — n’y a-t-il point d’espoir qu’elle guérisse ?

— Hélas ! non : d’ailleurs tu peux bien la voir, dit-elle en rouvrant la porte.