Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/427

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ment, sa fille avait mise dessus. Moi, je me sentais toujours plus entraîné vers la Bertrille ; j’étais heureux de la revoir, et il me faisait peine de la quitter. Des pensées d’avenir m’occupaient maintenant, et je me disais souvent que je voudrais l’avoir à femme, pour vivre nos jours l’un près de l’autre.

Un soir que nous nous promenions sur le chemin qui va vers Fonroget, je le lui dis.

— Ô Jacquou ! me répondit-elle, pourquoi assembler nos misères ?

— Pour les mieux supporter à deux, nous aimant bien.

— Si tu le veux, je le veux donc aussi.

Et en même temps, s’appuyant sur moi, elle leva la tête et me regarda.

Je connus lors dans ses yeux qu’elle pensait comme moi, et, l’entourant de mon bras, nous marchâmes longtemps en silence. Sur le souvenir de nos anciennes amours défuntes, avait germé une nouvelle affection sérieuse et honnête qui nous liait l’un à l’autre pour la vie, et, sentant cela, nous étions bien heureux.

— Étant si pauvres tous deux, nous faisons peut-être une folie, mon pauvre Jacquou ! dit-elle après un moment.

— Ne crains point : je suis fort et vaillant assez et je travaillerai pour nous deux.

— Oui, mais les petits droles !…

— Sois tranquille, lui dis-je, en la serrant contre moi.