Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/84

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— Nous souperons, dit-elle, mais que Duclaud soit arrivé.

— Vous attendez quelqu’un ? fit ma mère.

— Oui, c’est un brave garçon qui vend du fil, des aiguilles, du ruban, des boutons, des crochets, des images comme celles qui sont là, — ajouta-t-elle en montrant des gravures grossières passées en couleur, — et d’autres petites affaires encore… Tu peux bien aller les voir, les images, — me dit la vieille ; — ça t’amusera en attendant le souper… Il passe presque tous les mois, pour aller dans la contrée de Thenon, — reprit-elle ; — je pense qu’il viendra ce soir, c’est son jour.

Je me mis à regarder les images clouées au mur. Il y avait entre autres le malheureux Juif errant avec son bâton et ses longues jambes, symbole du pauvre peuple déshérité qui n’a ni feu ni lieu ; ensuite Jeannot et Colin, histoire instructive, surtout en ce temps-ci où tant de gens se vont perdre dans les villes. Puis le fameux Crédit, mort, étendu à terre, tué par de mauvais payeurs qui s’enfuient, et, à côté, une oie tenant une bourse dans son bec, avec cette inscription, qu’alors je ne savais pas lire : Mon oie fait tout ; — triste et désolante sentence pour les pauvres gens.

Tandis que j’examinais curieusement ces images, on frappa trois coups de bâton à la porte.

— C’est Duclaud, fit la vieille en allant ouvrir.