Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/95

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


des eaux tombant de l’écluse, ma mère me tira par la main, et nous voici montant la rue qui allait à la place du Greffe ; rue roide, pavée de gros cailloux de rivière, rouges, que la pluie du matin faisait reluire au soleil. De chaque côté, c’étaient des boutiques à ouverture ronde ou en ogive, ou en anse de panier, sans devantures, avec une coupée, sombres à l’intérieur ; mauvais regrats où pendillaient des chandelles de résine, chétives boutiques où l’on vendait de la faïence ou des sabots, ou du vin à pot et à pinte ; petits ateliers où travaillaient des cloutiers, des chaisiers dont le tour ronflait, des savetiers tirant le ligneul, des lanterniers tapant sur le fer-blanc avec un maillet de bois. Tous ces gens de métier levaient la tête, oyant nos sabots sur le pavé, et avaient l’air de se dire : « D’où diable sortent donc ceux-ci ? » Puis, en haut, sur la place et collées aux grands murs noirs de Saint-Front, c’étaient de petites baraquettes en planches, de pauvres échoppes en torchis, des logettes en parpaing, où étaient installées des marchandes de fruits secs, de légumes, de pigeons, et des bouchères à la cheville.

Arrivés devant le porche du greffe, nous nous arrêtâmes, la tête en l’air, contemplant le vieux monument et son clocher à colonnettes, éclairé par le soleil, autour duquel les martinets tourbillonnaient avec des cris aigus. Puis ma mère, abaissant la tête, vit devant le portail une marchande de cierges, et eut la pensée d’en faire