Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


brûler un à l’intention de mon père, et l’ayant acheté, six liards, elle entra dans la cathédrale, où je la suivis.

Quelle grandeur superbe ! Que je me trouvais petit sous ces coupoles suspendues dans les airs ! Dans la chapelle de l’Herm je n’avais éprouvé qu’un vif sentiment de curiosité ; dans l’église de Rouffignac, encore, je me sentais à l’aise ; mais dans ce vieux Saint-Front aux piliers géants noircis par le temps, aux murs verdis par l’humidité, qui avaient vu passer sans fléchir dix siècles d’événements, c’était bien autre chose. Moi, petit enfant, ignorant et faible, je me sentais perdu dans l’immensité du monument, écrasé par sa masse, et à ce moment je ressentis quelque chose comme une impression de terreur religieuse, qui s’augmentait à mesure que nous cheminions dans l’église déserte, sur les grandes dalles qui renvoyaient aux voûtes le bruit de nos sabots. Dans un coin ma mère aperçut sur un piédestal massif une statue de la Vierge et se dirigea de ce côté. Autant qu’il m’en souvienne, c’était une très vieille statue de pierre assez naïvement taillée ; pourtant l’imagier avait su donner à la figure de la mère du Christ une expression de tendre pitié, d’infinie bonté. Devant la Vierge était disposé une sorte d’if à pointes de fer, où en ce moment achevait de se consumer un cierge de pauvre comme le nôtre. Ayant allumé le sien, ma mère le ficha sur une pointe, et, se mettant à genoux,