Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/97

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elle pria en patois, ne sachant parler français, suppliant la vierge Marie comme si elle eût été là présente.

Et sa prière peut se tourner ainsi :

« Je vous salue, Mère très gracieuse, le bon Dieu est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de votre ventre est béni aussi.

» Sainte Vierge, je suis une pauvre femme qui tant seulement ne sait pas vous parler comme il faut. Mais vous qui connaissez tout, vous me comprendrez bien tout de même. Ayez pitié de moi, sainte Vierge ! Quelquefois j’ai bien oublié de vous prier, mais, vous savez, les pauvres gens n’ont pas toujours le temps. Ayez pitié de nous autres, sainte Vierge, et sauvez mon pauvre Martissou ! Il n’est pas mauvais homme, ni coquin, il est seulement un peu vif. S’il a fait ce méchant coup, on l’y a poussé, sainte Vierge ! Ce Laborie était une canaille, de toutes les manières, vous le savez bien, sainte Vierge ! Ce qui a fini de faire perdre patience à mon pauvre homme, c’est qu’il savait de longtemps que ce gueux m’attaquait toujours : il l’avait ouï un jour de dedans le fenil.

» Ah ! sainte bonne Vierge ! je vous en prie en grâce, sauvez mon pauvre Martissou ! Je vous bénirai tous les jours de ma vie, sainte Vierge ! et avant de m’en retourner, je vous ferai brûler une chandelle dix fois plus grande que celle-ci : faites-le, sainte Vierge ! faites-le ! »