Page:Euripide, trad. Leconte de Lisle, I, 1884.djvu/373

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Et mon père, afin de m’en punir, me contraignit de servir chez un homme mortel. Étant donc venu dans ce pays, j’ai fait paître les bœufs du maître, et j’ai protégé cette demeure jusqu’à ce jour. Pieux moi-même, auprès d’un homme pieux, le fils de Phérès, je l’ai affranchi de la mort, en trompant les Moires. En effet, les Déesses me promirent qu’Admètos échapperait à la mort déjà menaçante, en offrant à sa place un autre mort au Hadès. Ayant mis à l’épreuve tous ses amis, et son père, et la vieille mère qui l’a enfanté, il n’a trouvé personne, excepté sa femme, qui voulût mourir pour lui, et ne plus voir la lumière. Et, maintenant, celle-ci, portée entre les bras, dans les demeures, va rendre l’âme ; car sa destinée est de mourir en ce jour et de quitter la vie. Pour moi, afin de n’être pas souillé, je quitte ces chers toits. Déjà, je vois approcher Thanatos, Hiérophante des morts, qui va emmener Alkèstis dans les demeures d’Aidès. Elle vient au moment précis, ayant épié ce jour où il est fatal qu’Alkèstis meure.





THANATOS.

Ah ! ah ! Que cherches-tu auprès de ces demeures ? Que fais-tu ici, Phoibos ? Tu enlèves encore injustement leurs honneurs aux Daimones souterrains. N’est-ce pas assez pour toi d’avoir détourné le destin d’Admètos, en trompant les Moires par tes ruses ? Et, maintenant, tu veilles de nouveau, l’arc en main, sur celle-ci, sur la fille de Pélias, qui a promis à son mari délivré de mourir pour lui.


APOLLÔN.

Sois rassurée ! Certes, j’ai pour moi la justice et de bonnes raisons.