Page:Féval - Le Fils du diable - Tomes 1-2.djvu/302

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— Mon Dieu t dit-elle en hésitant ; je suis toute saisie… Quel est donc le nom de cet homme ?

— Verdier, répondit Franz.

Petite sauta sur son fauteuil et le bas de sa figure s’empourpra, pour devenir pâle aussitôt après.

Sa main brûla les doigts de Franz.

— Qu’avez-vous donc ? demanda celui-ci.

Les yeux de la juive jetaient un éclat étrange par les trous de son masque ; mais son sang-froid était déjà revenu.

— Rien, répondit-elle d’une voix calme et libre. — Je n’ai jamais entendu parler de ce Verdier…

Julien, pendant cela, répétait à Esther des déclarations échevelées.

Pierre attendait sur le carré.

Il entr’ouvrit la porte du cabinet voisin.

— Est-il temps de donner l’addition ? demanda-t-il tout bas.

L’Arménien avait sa montre posée à côté de lui.

— Pas encore, répondit-il.

Franz agita la sonnette et cria :

— La carte à payer !

Le garçon ne bougea pas.

Le jour grandissait et faisait pâlir les bougies. Les deux dames étaient levées déjà, et jetaient la chaude soie de leur mante par-dessus leur toilette de bal.

Julien d’Audemer, qui servait de camériste au domino bleu, était plus pressant que jamais, et demandait avec feu un autre rendez-vous.

Franz et Sara ne causaient plus. Franz regardait le jour grandir avec une impatience visible, et maugréait contre le garçon. Petite l’examinait à la dérobée. Si l’on avait pu soulever son masque en ce moment, on aurait vu sur son visage pâle et fatigué, mais charmant toujours, tantôt une sorte de compassion irréfléchie, tantôt un triomphe froid et impitoyable…

Dans ce cabinet où il y avait naguère tant de joie folle et un amour si prodigue, il ne restait rien que lassitude et ennui. Ce qu’il y a de triste en ces comédies, c’est le dénoûment. Des mains engourdies et tirées,