Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/12

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elle. La rue St. Jean est trop étroite pour la contenir. Je commets peut-être une imprudence en disant que la rue St. Jean est étroite, car le faible d’un certain nombre de Québecquois est de la croire large, un peu trop large même.

Il y a quelques années, j’avais osé insinuer le contraire dans une chronique. Un Québecquois fanatique, homme d’esprit d’ailleurs, blessé dans son amour-propre civique, prit la peine de mesurer la rue St. Jean, puis la rue Notre-Dame, et comme il avait en soin de choisir les endroits les plus larges de la première et les plus étroits de la seconde, il se prouva à lui-même que la principale rue de Québec était plus large que la principale rue de Montréal. Cette statistique à la main, il m’accabla.

La rue St. Jean n’est point une voie romaine ou un boulevard. On y circule à l’aise, quand on est seul. Les trottoirs sont grands comme des gants sept et quart. Le rôle des flâneurs y est particulièrement difficile à tenir, car lorsqu’ils s’y rencontrent plusieurs à la fois, il y a encombrement et la circulation est arrêtée.

Il me semble que la rue St. Jean devrait être réservée aux piétons. Elle est juste assez large pour cela. On ne serait plus exposé à sentir sur son pied le pas d’un cheval. Les promeneurs et promeneuses circuleraient de long en large. Ce serait comme une vaste salle, comme un immense passage en plein air. On mettrait des chaises au coin de la rue. Un murmure de voix s’élèverait d’un bout à l’autre de la voie ; des places voisines, on entendrait le bruit des conversations.

À ce tableau il faut bien quelques ombres ; avouons que Québec ne change pas. En revenant à Québec après trois mois d’absence, j’ai retrouvé, au coin des rues St. Jean et Ste. Angèle, un flâneur que j’y avais laissé en partant. Il était dans la même posture ; seulement, il paraissait un peu las d’être resté si longtemps debout.

On bâtit à Québec une maison bourgeoise par an, et l’on