Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/129

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L’ÉVÉNEMENT.


Québec, 13 mai 1867.


Depuis que je suis en train de fonder un journal, j’interroge la figure des passants pour y découvrir le désir de s’abonner. Les uns descendent l’escalier de la Basse-Ville, les lettres qu’ils viennent de retirer du bureau de poste à la main, et ne lèvent pas les yeux vers nos bureaux ; les autres examinent avec intérêt la façade de la maison que l’on répare, et regardent si, par hasard, il ne leur tomberait pas un article sur la tête : ils ont l’air de dire d’un air empressé : « À quand le premier numéro de L’Événement ? »

Ai-je besoin de le dire ? Je détourne bien vite mon attention des premiers pour la concentrer sur les seconds que je suis avec émotion jusqu’à ce qu’ils aient disparu sous la porte Prescott. C’est qu’aux yeux d’un éditeur de journal, il n’y a rien comme l’abonné. En le voyant, il se dit :

— Voilà l’homme qui lira mes articles depuis la première ligne jusqu’à la dernière (c’est une illusion, mais n’importe, respectez-la) : voilà l’homme qui paiera régulièrement et d’avance son abonnement (ce n’est pas toujours certain, mais il est doux de le croire).