Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/171

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


PAR LETTRES.


Québec, 15 août 1867.


Je vois tous les matins passer sous les fenêtres de mon bureau une foule de gens, le nez dans les lettres qu’ils viennent de retirer de la poste. Avec un peu de bonne volonté, il est facile de deviner le sujet, heureux ou malheureux, de la correspondance de chacun. Cela se lit sur la figure.

Le négociant à qui l’on apprend la faillite d’un débiteur, jette invariablement l’enveloppe sous les pieds des passants et descend, la lettre à la main, l’antique escalier, sans saluer personne. Il a hâte d’arriver à son bureau pour voir exactement combien il perd et choisir celui de ses commis sur lequel il fera tomber sa colère.

L’hommes d’affaires, à qui l’on annonce une bonne nouvelle, un paiement inattendu, est le plus heureux et le plus sympathique des hommes. Il arrête tout le monde au passage et s’informe des affaires de ses interlocuteurs pour avoir occasion de parler des siennes.

— L’argent vient tout seul, dit-il, sans se faire annoncer.