Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/204

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Ils y vont, paraît-il, en moins bonne tenue qu’au concert et dans un but plus banal encore, sans se souvenir en rien de ce qu’ils éprouvaient autrefois, quand leur cœur était meilleur et leur esprit plus ouvert, sans comprendre ce qu’ils vont voir : le divin spectable et l’humaine prosternation.

On y va pour regarder l’ornementation, lorgner les fillettes, critiquer la musique et se donner un violent appétit pour le réveillon au retour.

Il y en avait, il y en a encore qui organisent des excursions à la campagne, au risque de se glacer l’imagination et de se geler les doigts ; et qui, traînant après eux tout un orchestre, cuivres et tambours, vont jouer en des villages reculés, Ma Normandie ou Partant pour la Syrie, certifiant qu’ils donnent du vrai Mozart inédit.

On avait remplacé à Montréal, la messe de minuit par la messe de l’aurore, mais il n’y avait que les plus dévotes âmes qui y assistaient. La mère y allait, une des filles aussi ; mais le père refusait de se lever comme il l’avait promis, et le reste de la famille dormait jusqu’au matin.

Au point de vue religieux strict, ascétique, c’était peut-être mieux ; mais Dieu qui lit au fond des âmes et qui tient compte à l’homme des moindres mouvements vers lui, accueille sans doute avec indulgence, après les prières parfaites, les élans moins purs mais sincères des cœurs faibles, les soudains repentirs des esprits frappés par la grâce. Aussi, après quelques années d’interruption, est-on revenu à Montréal à l’ancienne coutume.


À Québec, on a cru pouvoir maintenir l’antique et touchante tradition de la nuit de Noël, et c’est une ressemblance de plus avec ces vieilles villes bretonnes ou normandes d’où nos pères partirent pour venir si loin. Jeudi soir, on se serait cru à Rouen, à Nantes, ou à Rennes, il y a deux siècles. Le