Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/205

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culte est le même ; l’intérieur simple et noble de la cathédrale a quelque chose qui rappelle les grandes églises de France : les fidèles sont de vrais chrétiens, de parfaits Bretons ou Normands : l’illusion était complète.

Les alentours de la cathédrale sont peuplés de survivants historiques. Toutes les émotions sont voisines, tous les souvenirs se rapprochent et se touchent. Au sortir du religieux exercice, on en vient, par une pente toute naturelle à songer à nos pères, célébrant le même anniversaire immortel, avec une foi égale à la nôtre, avec plus d’effusion et de ferveur.

C’était un des jours, où ils se rappelaient le mieux, où ils regrettaient le plus la patrie absente, cette France dont le nom nous fait tressaillir nous-mêmes, descendants d’émigrés, fils d’aventuriers, quoique nous ne l’avons point ou que peu connue.

Après la messe, ils se réunissaient dans chaque famille pour le réveillon. À table, les cœurs s’ouvraient, les langues se déliaient. Les cancans de la veille faisaient place aux vieux souvenirs. On causait du pays breton ou normand, comme si on venait de le quitter, pourtant avec l’accent qu’involontairement l’on a, que spontanément l’on trouve, en parlant de ce que l’on ne reverra plus, de ce qui est à jamais perdu. Les figures de connaissance défilaient en foule dans le récit familier, au sein de l’abondante causerie. La description des lieux se mêlait à la pourtraieture des gens ; les traits plaisants croisaient les narrations émouvantes ; les menus détails, les choses toutes personnelles survenaient à tout propos.

Il y a des amis ou même de simples types curieux et connus de toute la ville natale, qu’on aurait tout donné pour revoir un instant, pour faire connaître à ses auditeurs. Ils étaient si bons ou si drôles ! quel dommage de ne les point avoir près de soi ? mais dans ces lieux lointains et étrangers, paraîtraient-ils les mêmes que là-bas ? Ce que le souvenir a