Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/206

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de plus heureux sans doute, c’est qu’il ne peut nous rendre, selon nos voeux, la réalité qu’il nous rappelle.

À la tête de cette table largement servie, on voyait le Breton, plus tout à fait le même déjà et tournant, pour ainsi dire, lentement le dos à la France, où dorment les ancêtres, pour s’attacher à cette contrée nouvelle qui devait être l’unique patrie de ses enfants.

À l’autre bout, ce type de la mère bretonne ou normande qui allait devenir, en se modifiant un peu, le type de la mère de famille canadienne : active, remuante, grande parleuse, douce, affectueuse, dévouée.

Puis, l’aîné des fils, né, élevé en Bretagne, mais en train de devenir canadien comme ses frères et sœurs, dont la physionomie, l’allure, le caractère, les dispositions ébauchaient le modèle moral et physique sur lequel se formeront successivement tous les descendants des premiers colons.

Pour ceux-ci comme pour les vieux parents une certaine émotion se mêlait à ces évocations familières ; car c’est un vrai chagrin pour les imaginations sensibles que de songer qu’elles ne verront jamais les lieux où ont vécu les grands parents, qu’elles ne connaîtront point ceux qu’ils ont aimés.


Me voilà loin de la messe de minuit de cette année.

J’y reviens pour dire, en résumé, qu’elle a été fort belle à la cathédrale. M. Ernest Gagnon, en artiste qu’il est, nous a donné de la vraie musique de Noël, simple, grande, joyeuse.

L’église était remplie de fidèles qui n’étaient pas venus là pour s’abandonner à des distractions profanes ou à de vagues rêveries religieuses, car la plupart ont communié. C’est dire combien l’attitude de l’auditoire s’harmonisait avec la cérémonie. Rien ne détonnait dans le religieux spectacle.

En regardant défiler vers la Sainte Table les enfants tenant leurs mères par la main, ou les vieillards marchant avec peine