Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/76

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tait à qui ne ferait, pas de bruit, de peur d’effrayer les voisins. Les accidents qui devaient arriver ce jour-là ont été remis au lendemain et les journaux de lundi n’avaient point de Faits Divers. Les chevaux allaient au pas et les piétons sur le bout du pied.

Cette paix profonde finit par inquiéter les gens soupçonneux qui s’attendaient à un bouleversement. Ils se demandèrent s’il ne fallait pas voir là une ruse des Féniens, voulant endormir la population ; et ils redoublèrent de vigilance. La journée s’écoule de son pas ordinaire ; la nuit arrive ; minuit sonne ; les sentinelles qui veillent sur les remparts voient naître l’aurore ; les gens qui prêtaient l’oreille pour entendre le tocsin finissent par s’endormir ; et rien, rien, pas l’ombre d’un Fénien sur le mur. Les volontaires, las d’attendre, l’arme au bras, un danger qui ne venait pas, auraient vraiment donné quelque chose pour voir surgir une bande de Féniens.


L’alarme est passée, il n’y a plus maintenant que le compte à payer ; le chiffre sera rond et la Chambre se fera peut-être tirer l’oreille.

L’affaire n’a profité qu’aux journaux qu’on s’arrachait pour avoir des nouvelles. En temps ordinaire, il ne manque pas de gens qui disent qu’on peut se passer de gazettes. Mais lorsqu’il arrive quelque crise comme celle-ci, tout le monde veut en avoir. On entoure les gens qui en reçoivent ; on recommande à ceux qui vont à la ville d’en apporter ; les abonnés affluent.

Il est fâcheux que ceux qui ont alors un si grand besoin des journaux et un si vif désir de les lire, ne fassent pas en eux-mêmes cette réflexion si simple que, pour avoir des gazettes qui vous donnent des nouvelles en temps de crise, il faut s’y abonner en temps ordinaire.