Page:Faguet - Pour qu’on lise Platon, Boivin.djvu/139

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comprend les idées en ce qu’elles ont d’éternel.

Cela revient à dire, avec moins de métaphysique, que la pensée purifie. Au fond c’est l’idée maîtresse de Platon. Nous verrons peut-être qu’il l’a poussée trop loin ; mais elle est vraie en soi. Quand Pascal a dit : « Travaillons donc à bien penser ; voilà le principe de la morale », je crois savoir et vous savez pourquoi il a mis : « bien » ; mais, en simple philosophe ; il aurait pu écrire : « Travaillons à penser ; c’est le principe premier de la morale. » L’homme qui pense peut agir mal ; mais il a beaucoup plus de chances d’agir bien ou de ne pas agir mal que l’homme qui ne pense pas. L’injuste, pour parler comme Platon, est quelquefois un homme qui pense et même assez subtilement, afin de trouver, à l’adresse des autres et de lui-même, des prétextes à colorer ses iniquités ; mais le plus souvent l’injuste est un homme qui ne pense pas du tout et qui se laisse tout entier diriger à ses passions, à ses désirs et à ses appétits. En tout cas, c’est tout à fait l’avis de Platon.

Il faut chercher à savoir ce qu’on ne sait point et ce qu’il est assez probable qu’on ne saura jamais, parce que c’est une très bonne attitude morale et un très bon exercice moral. Quand Socrate a fait beaucoup de métaphysique, certain jour, il s’arrête pour dire : « À la vérité, Ménon, je ne voudrais