Page:Fauche - Le Mahâbhârata, tome 1.djvu/405

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fort que moi, » observe-t-il dans sa pensée. 3583.

» L’homme obtient le plaisir ou la peine, non par la force de lui-même, mais comme une chose, qui dépend toute du Destin. Qu’il pense donc à la toute-puissance de la Destinée et que, dans aucun cas, il ne s’afflige ni ne se réjouisse. 3584.

» Que le sage ne pleure pas dans les maux, qu’il ne rie pas dans les biens ; qu’il se maintienne toujours dans une assiette égale : « Le Destin est plus fort que moi ! pensera-t-il ; et, quelque chose, qui advienne, on ne le verra, ni se réjouir, ni se désoler. 3585.

» La crainte ne m’a point ravi le sentiment ; mon cœur, Ashtaka, n’éprouve aucune peine ; car je pense : « Quelque chose, que le Destin ait fixé pour moi dans le monde, rien ne peut l’empêcher d’être. » 3586.

» Les insectes, les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles, les vers, les poissons dans l’eau, les pierres, les herbes, les arbres, tout arrive à la condition fixée pour sa nature dans la demeure du Destin. 3587.

» Quand je songe à l’instabilité du plaisir et de la peine, je me dis, Ashtaka : « Pourquoi concevrais-je du chagrin ? Que puis-je faire ? ou quelle action peut me soustraire à la douleur ? » Je mets donc tous mes soins à fuir le chagrin. » 3588.

Après que le roi Yayâti eut achevé de parler ainsi, Ashtaka, reprit Vaîçampâyana, d’interroger une seconde fois suivant la vérité son grand père maternel, qui, grâce à toutes les vertus, dont il était doué, avait pu s’élever jusqu’à ce monde du Swarga : 3589.

« Roi des rois, dit Ashtaka, tu as joui de chaque monde supérieur ; explique-moi, sire, quel en fut juste le temps,