Page:Faucher de Saint-Maurice - Promenades dans le golfe Saint-Laurent, 1886.djvu/175

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LE GOLFE SAINT-LAURENT.

nous conduisit à la maison de M. Vigneault. Ce dernier était un beau vieillard, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il vivait au milieu de sa famille. Ses deux fils étaient venus se bâtir de chaque côté du toit paternel ; et pendant de longues années, tous ensemble, ils avaient savouré la douce vérité du commandement du Seigneur :

— Père et mère tu honoreras afin de vivre longuement.

Un voile de tristesse devait pourtant tomber, un jour, sur ce bonheur terrestre. Le soir où nous le vîmes pour la première fois, le père Vigneault avait perdu sa franche gaieté. Il était pensif. Ses yeux rougis par les larmes plutôt que par l’âge, erraient douloureusement sur le havre ; et à travers la fenêtre, ils suivaient anxieusement les manœuvres d’une petite goëlette qui venait d’appareiller, et qui finit par disparaître dans les demi-teintes du crépuscule. Hélas ! son fils Désiré était à bord. En compagnie de douze familles acadiennes, il s’en allait demander au sol des Sept-Îles ces plaisirs inconnus de la propriété, qu’il troquait contre les douces joies de la maison paternelle.

M. Vigneault était né à Saint-Pierre de Miquelon, où son père était arrivé, Dieu sait comment, après avoir fait partie de cette malheureuse colonie acadienne qui, lors de sa cruelle dispersion par les Anglais, vit ses rejetons éparpillés aux quatre vents des cieux. Plus tard, il était venu aux îles de la Madeleine, où à force de travail et d’intelligence il s’était créé une aisance relative. Son âge, sa longue expérience,