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rait être anodine chez l’homme et coupable chez la femme.

L’infanticide diminue parce que l’avortement se répand de plus en plus. Seules aujourd’hui, se rendent coupables d’infanticide les jeunes filles tout à fait ignorantes, ou celles qui vivent à la campagne, loin de tout centre…L’infanticide disparaîtra tout à fait lorsque les mœurs seront transformées et qu’on admettra que la maternité est un acte naturel qui ne saurait, en n’importe quel cas, constituer un déshonneur. — Doctoresse Pelletier.

INFANTICIDE. Meurtre d’un enfant. Se dit surtout, dans la législation criminelle, en parlant d’un enfant nouveau-né : cette femme est accusée d’infanticide. Meurtrier d’un enfant, ou de son propre enfant. La mère, auteur principal ou complice, est punie, dans le premier cas, des travaux forcés à perpétuité, dans le second cas, des travaux forcés à temps ; mais ses complices ou co-auteurs sont passibles des peines applicables à l’assassinat ou au meurtre.

« L’infanticide est l’effet presque inévitable de l’affreuse situation où se trouve une infortunée qui a cédé à sa propre faiblesse ou à la violence. » (Beccaria). On sait que c’est le désespoir, la honte, la misère qui, le plus souvent, poussent la main de l’infanticide.

Les véritables infanticides ce sont les bénéficiaires du régime actuel, qui donnent un salaire de famine à ceux et à celles qu’ils exploitent. Les femmes gagnent à peine de quoi pourvoir à leur entretien. Certaines sont dans l’obligation, tout en travaillant, de recourir à la prostitution. Lorsqu’un enfant naît dans de telles conditions, la mère s’affole à la pensée que son petit être manquera même de pain. Quant au recours à l’assistance publique, souvent elle y renonce, sachant dans quelles conditions on lui prend son enfant. L’infanticide est lié à la société capitaliste : tant que celle-ci persistera, il sera, non seulement possible, mais presque normal.

La société se montre bien sévère à l’égard des mères que la misère pousse à se débarrasser de leur progéniture, alors que par centaines de milliers elle assassine chaque année des enfants pauvres par manque d’hygiène ou par insuffisante alimentation, sans compter les millions de jeunes hommes qu’elle fauche sur les champs de bataille.

Dans la société libertaire l’infanticide disparaîtra. La femme, pauvre ou abandonnée, enfante aujourd’hui dans la douleur. Libre et assurée du lendemain, elle procréera dans l’espérance. — Pierre Lentente.


INFECTION n. f. (latin infectio). Ensemble de troubles organiques causés par une invasion microbienne. Selon le microbe, l’infection porte différents noms. Infection gonococcique, causée par le gonocoque : microbe de la blennorragie. La syphilis est une infection qui a pour cause le spirochète. La pneumonie est déterminée par le pneumocoque ; la fièvre typhoïde par le bacille du Dr Eberth ; la grippe par le bacille de Pfeiffer, etc. Toute infection a son microbe, mais on ne le connaît pas toujours ; le spirochète de la syphilis n’est connu que depuis un petit nombre d’années. Le microbe du cancer n’est pas encore découvert.

Il ne faudrait pas croire cependant que là où il y a un microbe, l’infection doive fatalement se produire. Le terrain, c’est-à-dire l’état de l’organisme récepteur, joue un rôle très important. C’est pour cela que, au cours des épidémies, certaines personnes sont contaminées tout de suite alors que d’autres peuvent vivre impunément au milieu des malades infectés. Néanmoins, quand la virulence du microbe est très grande, comme dans certaines épidémies de choléra ou de grippe infectieuse, le microbe a raison du terrain, et des personnes en très bonne santé auparavant se trouvent frappées.


Les symptômes de l’infection sont à peu près identiques dans un grand nombre de maladies : perte de l’appétit, faiblesse, maux de tête, fièvre. Il faut y ajouter les symptômes locaux : difficultés de la respiration dans la pneumonie ; écoulements dans la blennorragie, etc., etc.

On se défend contre les infections en évitant les risques de contagion, les changements brusques de température (pneumonie), les rapports sexuels avec un partenaire suspect (blennorragie et syphilis), etc.

Il faut, en outre, autant que cela est en notre pouvoir, rendre son terrain réfractaire. On y parvient par une grande propreté du corps et du linge, en veillant aux excrétions (constipation), en évitant les intoxications (alcool, tabac), en assurant une bonne aération : logement propre, ouverture fréquente des fenêtres.

L’infection s’atténue au fur et à mesure des progrès de la civilisation. Le Moyen-âge a connu des épidémies terribles qui ont disparu aujourd’hui. — Doctoresse Pelletier.


INFÉRIORITÉ n. f. Parmi les sentiments qui dirigent les actions humaines, celui d’infériorité paraît avoir la plus grande importance. D’où vient-il ? Est-ce d’une situation d’insécurité, soit qu’il s’agisse de la conservation de l’individu (nourriture), soit de la conservation de l’espèce (reproduction) ? Mais cette insécurité me paraît insuffisante à expliquer la force et les effets violents du sentiment d’infériorité, considéré comme sentiment social sous le nom d’amour-propre.

L’amour-propre ne peut naître que de la vie collective, de la réaction de la collectivité sur l’individu. Il faut nous reporter à la vie extrêmement lointaine des primitifs pour essayer d’en comprendre la genèse. A ce moment l’individu n’existait et ne pouvait exister en dehors du groupe humain. La tribu elle-même dépendait de la solidarité et de l’entraide de tous. La défaillance d’un membre, qu’elle fût lâcheté ou maladresse, ou bien offense à la coutume, était durement châtiée, à cause des conséquences terribles qu’elle pouvait avoir pour la collectivité. Sans parler de la mort et des coups, les huées, la réprobation publique et le mépris étaient une punition redoutable, car ils pouvaient rendre la vie intenable aux défaillants, d’autant que personne n’avait la ressource de se séparer du groupe.

La peur de se trouver en état d’infériorité vis-à-vis d’autrui s’est ainsi enracinée dans le cœur des hommes et a créé le sentiment de l’amour-propre. Une offense à l’amour-propre se traduit quelquefois par la pâleur, le plus souvent par la rougeur émotive (honte dans le cas d’acceptation de l’infériorité, colère dans le cas de révolte). La timidité naît de la crainte d’être exposé aux affronts. Ce sont là de véritables réflexes conditionnels, créés par la vie sociale. Le sentiment d’infériorité apparaît comme le sentiment le plus pénible à supporter. De fait, l’amour-propre joue un plus grand rôle, un rôle plus fort dans les actions humaines que l’intérêt matériel. On pourrait en donner des exemples multiples, il suffit d’y réfléchir.

Conserver la face vis-à-vis de l’opinion publique est donc le fondement de l’amour-propre et, par conséquent, le fondement de la morale. L’opinion publique agit comme contrôle sur les actes des individus.

Plus tard, lorsque les hommes ont commencé à se libérer du groupe, l’amour-propre a pu prendre point d’appui, non pas seulement sur l’approbation publique, mais sur la conscience individuelle, tout au moins chez quelques personnes. L’individu, tout à fait affranchi du contrôle collectif (préjugés, croyances) exerce sur lui même le contrôle nécessaire à la vie sociale. Rien n’est plus pénible que d’avoir honte de soi-même. Mais la plupart du temps les hommes s’excusent à leurs propres yeux, ils se donnent d’excellentes raisons pour légitimer