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JUD
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plus être bien grand, car on ne sait pas même quelle en était la situation sur la colline de Sion.

C’est dans ce temple que se célébraient les cérémonies commandées par l’Ancien Testament. C’est là que se faisaient voir les deux grandes sectes tant insultées par le Nouveau Testament : les Pharisiens aux strictes observations de la Loi, et les Saduccéens à tendances plus libérales et parfois révolutionnaires. La secte des Erséniens, à laquelle on a prétendu que Jésus appartenait, était plutôt un ordre monastique à tendances radicales.

La dispersion après la chute de Jérusalem a amené de grands changements dans le judaïsme. Les juifs ne peuvent plus faire de sacrifices, des holocaustes, mais ils ont conservé un grand nombre de pratiques imposées par les doctrines talmadistes. Ainsi un juif ne peut lui-même remonter sa montre le samedi, il peut la porter à son voisin pour le prier de la remonter ; il ne peut pas ouvrir une lettre, mais il peut la lire ; il ne peut pas manger de la chair d’un animal assommé ; un rabbin doit saigner la bête et la viande devient casher, c’est-à-dire pure ; il ne doit pas non plus manger de la partie postérieure de l’animal à moins que les tendons des cuisses aient été enlevés. La viande doit, avant d’être cuite, être placée une demi-heure dans l’eau, puis une heure dans le sel pour en extraire tout le sang, alors le sel est enlevé, la viande rincée, et elle peut être cuite. Toute parcelle de sang doit avoir disparu.

A l’époque de Pâques la famille doit manger sous des tentes ou des imitations de tentes. La vaisselle employée à cette époque-là ne doit jamais être employée à un autre temps, on la casse ou on la serre précieusement.

Si, à Pâques, on trouve dans le corps d’une oie ne fût-ce qu’un grain d’orge, la bête doit être rejetée, même si les pauvres diables doivent rester affamés ces jours de fêtes. Dans la grande fête « Yom kipour », les croyants doivent rester toute la journée dans le temple et jeûner jusqu’au soir.

Les femmes ne se mêlent jamais aux hommes dans les temples, elles occupent une galerie séparée ou sont derrière des grilles. Les strictes croyantes ne doivent jamais laisser voir leurs cheveux, elles portent des perruques.

Les juifs polonais, ou galiciens, sont très stricts dans l’observation des règles talmunates. J’ai vu, dans une grande huilerie de Fiume, dirigée par un Français, un rabbin spécial venir inspecter toutes les machines pour voir si on ne les graissait pas avec du suif ou du saindoux. Autrement des centaines de tonneaux d’huile d’olive ou de sésame auraient dû être jetés, car cette huile devait être expédiée aux juifs de Galicie.

Un juif de ma connaissance, à Fiume, avait reçu d’énormes fûts de vins de Dalmatie qui devaient être envoyés en Galicie ; un rabbin était là pour voir comment on mettait le vin en futailles. Un ouvrier ayant, par mégarde, en voulant mettre en perce, touché de son vilebrequin le vin du grand fût, celui-ci a été « blakboulé » et pas une goutte n’a pu être expédiée aux juifs.

On voit, par ce fait, à quelles absurdités peut conduire l’observation d’une religion formaliste.

Les juifs de France, affranchis par la Révolution française, abandonnent peu à peu ces méticuleuses pratiques. La plupart des jeunes juifs deviennent nettement libres penseurs, socialistes ou anarchistes ; il y en a beaucoup qui épousent des chrétiennes — surtout si elles sont riches. Il n’en est pas de même dans l’Europe orientale ; pourtant les jeunes communistes russes, très communs parmi les juifs, sont — la plupart — athées, même ceux qui, par esprit nationaliste, sont sionistes et vont coloniser en Palestine. — G. Brocher.

Ouvrages consultés : 1° En allemand : Budde : Religion des Volkes Israël bis zur Verbannung (1900) ; Goldziher : Der Mythus bei den Hebraern und seine


geschichtliche Entwickelung ; Dillmann : Handbuch des alttestament. Theologie ; Schutz : Altt. Theologie (5e éd.) ; Grueneisen : Der Ahnenkultus und die Urreligion Israëls (1900) ; Smend : Altt. Religionsgeschichte ; Winckler : Geschichte Israëls ; Graetz : Geschichte der Juden (10 vol.) ; Bandissin : Geschichte des altt. Priestertums.

En anglais : Sayer : Religion and Patriarchal Palestine ; Steinthal : Semitic Studies ; Rob. Smith : Religion of the Semites ; The Prophets of Israel and their Place in History ; The Old Testament in the Jewish Church ; Bible Dictionary ; The Faiths of the World (8 vol.).

En français : Revue des Etudes juives ; Revue biblique ; Chantepie de La Saussaye : Manuel d’histoire des Religions (trad. franç.) ; Darmstetter : Les Prophètes d’Israël ; M. Vernes : Histoire des Juifs.

En hollandais : De Profeten en de Profetie ; Valeton : Voorlezingen over Profeten ; Geschledenfs van Israels Godsdienst.


JUDÉO-CHRISTIANISME n.m. Doctrine des premiers temps du christianisme, selon laquelle l’initiation à la loi de Moïse et l’adhésion au judaïsme était l’étape obligée pour les païens — en l’espèce, les non-juifs — qui voulaient se faire admettre dans l’Église du Christ. Les fondateurs de la religion chrétienne — juifs d’origine — mêlaient en effet (d’accord en cela avec l’exemple de Jésus lui-même, si l’on en croit les textes sacrés) les pratiques du mosaïsme aux rites de la religion nouvelle. Cette confusion, due à l’indécision des premiers pas d’un culte informulé, mit aux prises diverses écoles de Jérusalem et d’Antioche, en désaccord sur les voies d’accès à imposer aux néophytes, profanes du judaïsme. Un compromis dispensa ces nouveaux adeptes de « la circoncision et de l’observation de la loi » et leur interdit « avec la fornication, l’usage des viandes offertes aux dieux dans les sacrifices »…

Mais un problème plus vaste que ce dosage puéril tourmenta bientôt l’esprit des docteurs du temps : « L’ère du Messie-Rédempteur effaçait-elle — en l’abrogeant — la loi de Moïse ? » La thèse affirmative tendit vite à prévaloir, servie par la fougue des nouveaux convertis et son radicalisme séduisit tous ceux — et au premier rang les païens — qui regardaient comme une entrave désuète « l’antichambre » mosaïque. Les chrétiens judaïsants restèrent cependant fidèles à la tradition dualiste. La destruction du temple de Jérusalem par les Romains (70), en rendant impraticable l’observation totale de la loi, réduisit pratiquement le conflit. Mais une opposition de principe survécut et continua à se manifester, vivace, dans certains groupes. Elle entretint divers schismes latents et les hérésiarques ébionites et elcésaïstes en révélèrent particulièrement l’influence.


JUDÉO-CHRÉTIENS (Communisme des). Deux passages d’un des livres qui composent le Nouveau Testament, le livre des Actes, qui passe pour avoir été composé par un médecin grec, compagnon de voyage de l’apôtre Paul, font allusion au communisme pratiqué par l’Église ou Communauté de Jérusalem, fondée par les premiers apôtres.

Voici ces deux passages :

« Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières… Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, etc. » (Actes II, 42 à 45).