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Page:Faure - Encyclopédie anarchiste, tome 3.djvu/489

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OCC
1832

Ces forces sont aux mains d’innombrables êtres invisibles : les anges, bons ou mauvais, et les esprits des éléments. Les occultistes modernes appellent ces derniers « Elémentals ». Les Kabbalistes juifs les appelaient « Schedim ». Il y en avait quatre espèces : les Schedim du feu, de la terre, de l’eau et de l’air, que l’on considérait comme les quatre éléments.

Pour se concilier ces puissances invisibles, on avait recours à divers procédés, dont les principaux étaient : l’accaparement, par des moyens plus ou moins bizarres, de la puissance solaire, qui constituait une sorte d’aimant pour attirer, fasciner les Schedim ; l’usage de talismans : naturels, comme certaines pierres précieuses et les plantes magiques (telles que la mandragore, dont il est question dans un amusant épisode de l’histoire de Jacob), ou artificiels, comme les phylactères (versets de la Bible portés dans un sachet) et les mézazoths (versets placés dans le seuil des maisons) ; et surtout les incantations et conjurations au moyen de formules magiques. Ces formules étaient réunies dans d’énormes recueils appelés au moyen âge des grimoires, dont les plus célèbres sont : Les Clavicules de Salomon, et les deux Enchiridions, attribués aux papes Léon III et Honorius. Certains mots valaient à eux seuls les plus merveilleuses formules, tels que : abracadabra (origine de notre mot « abracadabrant » ), infaillible contre les maladies, et surtout Agla (formé des initiales des mots Athah, Gabor, Leolam, Adonaï — Tu es puissant, éternel, Seigneur) qui mettait en fuite les pires démons. Toutes ces formules, ainsi que tous les rites magiques, avaient pour objet, soit d’obtenir quelque avantage matériel, soit de nuire à quelqu’un. Beaucoup de ces croyances sont encore vivaces aujourd’hui, notamment celle aux talismans, amulettes, fétiches de toutes sortes. Les religions les encouragent toujours, d’ailleurs, avec leurs scapulaires, médailles, etc… Sous un scepticisme de surface, d’innombrables gens sont profondément superstitieux, et il ne semble pas que l’humanité ait beaucoup progressé à ce point de vue : le fétiche de l’automobiliste moderne n’est pas moins ridicule que le phylactère du Juif contemporain de Salomon.

Mancie (du grec Manteia). (Voir aussi les mots Nécromancie et Spiritisme.) — De tout temps, les hommes ont été tourmentés de la crainte, ou tout au moins de l’inquiétude de l’avenir, et du désir de le connaître. Et, comme on croit aisément ce qu’on craint ou ce qu’on désire, de nombreux illuminés et de plus nombreux charlatans n’ont pas eu de peine à exploiter de mille façons l’inépuisable filon de la crédulité générale.

Les méthodes de divination peuvent se ramener à deux types :

1° Certaines personnes, tantôt se croyant, ou se prétendant inspirées par Dieu (devins, pythonisses, sybilles, prophètes ou prophétesses, etc.), ou en communication avec des esprits (médiums spirites), tantôt doués, ou s’imaginant l’être, de facultés métagnomiques qui leur permettent de déchiffrer, sur un plan dénommé généralement « astral », les mystérieux enchaînements des causalités, et de voir, dans le passé les causes, dans l’avenir les effets, annoncent, avec une imperturbable assurance, les événements futurs intéressant, soit des individus, soit des collectivités.

2° On tire des présages, favorables ou défavorables : de nombreux objets, plantes et animaux ; de faits accidentels, ou provoqués à cet effet ; de phénomènes naturels ; de certains nombres (notamment du nombre 13, superstition toujours très répandue) ; de diverses parties du corps humain (main, crâne, etc.).

Tous ces arts divinatoires sont désignés par le nom de l’objet, fait, etc… employé ou interprété, auquel on ajoute la désinence « mancie », ou quelquefois « logie », ou « scopie » (de Skopein, examiner). Certains ont eu une importance et une influence considérables dans

l’antiquité, et sont abandonnés aujourd’hui, ou presque, tandis que d’autres sont plus en faveur que jamais. Les plus connus sont :

La Cartomancie, divination par le moyen des cartes à jouer, ou des tarots, cartes spéciales d’un usage très ancien, car on s’en servait dans les temps les plus reculés en Égypte, berceau probable de tout l’occultisme, ainsi que des religions. C’est la méthode de divination la plus en vogue de nos jours.

La Chiromancie (de cheiros, main), divination par les lignes et autres signes de la main ; la métoscopie, par les rides du visage ; la phrénologie, par les bosses du crâne.

L’Ornithomancie (de ornithos, oiseau), divination par le moyen des oiseaux (leur vol, leur chant, l’appétit des poulets sacrés), et l’Entéromancie (de entéros, intestin) par les entrailles des victimes. Cet examen était confié, à Rome, à des prêtres formant d’importants collèges : les Augures pour les oiseaux, et les Aruspices pour les victimes. Ils jouissaient d’un pouvoir occulte très grand, car aucune décision d’intérêt public n’était prise sans les consulter, et il est évident qu’ils pouvaient généralement provoquer, à leur gré, les réponses dans un sens ou un autre.

Si répandues que fussent ces superstitions, il est certain néanmoins que la plupart des gens cultivés n’y ajoutaient pas foi, ainsi qu’en témoignent, par exemple, les ironiques remarques de Caton et de Cicéron, supposant qu’il était impossible à deux augures de se regarder sans rire ; et celle de ce sceptique athénien qui, constatant que les oracles de la Pythie de Delphes étaient énoncés en fort mauvais vers, s’étonnait qu’Apollon, dieu de la poésie, dictât de semblables vers à sa prêtresse. L’amusante anecdote du général Claudius Pulcher n’est pas moins significative : voulant livrer bataille à Asdrubal, il consulta, selon l’usage, les poulets sacrés, qui refusèrent de manger. (Ils étaient sans doute gavés intentionnellement !). Mauvais présage. Mais Pulcher, qui tenait à sa bataille, fit jeter à la mer les poulets récalcitrants en s’écriant : « Eh bien ! s’ils ne veulent pas manger, qu’ils boivent ! ». Malheureusement il fut battu, ce qui renforça la croyance populaire dans la sagacité prophétique des poulets sacrés. Ces coutumes n’étaient évidemment conservées que par politique gouvernementale : en amusant ou effrayant le peuple, on alimentait et renforçait ses croyances religieuses, qui ont toujours été un des plus fermes appuis de l’autorité.

Parmi les nombreuses autres mancies, je signalerai seulement, pour leur bizarrerie, les quelques suivantes :

L’omphalomancie. — Divination par l’examen du nombril.

La parthénomancie. — Par celui de l’hymen, avant ou après la défloraison.

L’amniomancie. — Par celui de la membrane amniotique, dite coiffe. Quand l’enfant la portait sur la tête en sortant du sein maternel, c’était pour lui un signe infaillible de bonheur. C’est l’origine de l’expression, toujours courante : « Il est né coiffé ».



Que faut-il penser de l’Occultisme ?

C’est une question qu’il faut examiner avec d’autant plus d’impartialité et d’objectivité que le bas charlatanisme des uns, la naïve crédulité des autres, sont de nature à pousser les esprits positifs à quelque parti pris négateur. Mais il faut se garder de toute dénégation systématique non moins que des affirmations injustifiées ou prématurées. C’est avec une calme et attentive raison qu’il faut juger, et non avec passion, légèreté ou dédain, si l’on veut avoir quelque chance de juger sainement.