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le point de départ, en Angleterre, d’un important mouvement de propagande qui rallia des noms illustres, tels que ceux des écrivains Richard Carlyle, Richard Owen, John-Stuart Mill, et rencontra, en le Docteur Charles Drysdale, auteur des Eléments de Science Sociale, et fondateur, en 1877, de la Malthusian League, le plus dévoué de ses hommes d’action. Ce mouvement, combattu, avec autant de violence que de mauvaise foi, par les puritains et les démagogues, se propagea sur le continent, où la plupart des philosophes du xviiie siècle lui avaient préparé les voies, par leurs critiques, sans attaquer à fond la question. C’est en Hollande, à Amsterdam, que les théories de Malthus, réformées par ses partisans, sont, pour la première fois, dénommées « néo-malthusianisme » par un de leurs adeptes les plus notoires : le professeur Van Houten. En France, ce n’est qu’à partir de 1895 que ce mouvement prend force et vigueur, grâce à Paul Robin, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, ex-directeur de l’Orphelinat de Cempuis, fondateur, en 1896, de la Ligue de la Régénération Humaine, et de la revue « Régénération », et qui sut grouper autour de lui, ou inspirer de sa doctrine, un certain nombre d’écrivains, de publicistes, et de savants, parmi lesquels il y a lieu de citer : Alfred Naquet, les docteurs Meslier, Elosu, Klotz-Forest et Darricarère ; Urbain Gohier, Gabriel Hardy, Nelly Roussel, Manuel Devaldes, Eugène Humbert. A cette phalange du début, devaient se joindre, plus tard, nombre de militants appartenant à des organisations révolutionnaires, plutôt hostiles, dès l’abord, (car elles voyaient dans le néo-malthusianisme une déviation dangereuse), puis des écrivains comme Victor Margueritte. Aujourd’hui, cette doctrine s’est répandue dans le monde entier ; elle est mise en discussion dans tous les milieux possédant quelque culture, même aux Etats-Unis où, malgré les rigueurs d’un puritanisme vraiment excessif, elle a trouvé, en partie, droit de cité, sous la dénomination édulcorée de « contrôle des naissances ». Quant à la diminution appréciable du taux de la natalité dans les grandes nations civilisées, elle est l’indice que si, peu nombreux sont les néo-malthusiens qui s’avouent tels, innombrables sont, par contre, ceux qui le sont en secret, pour leur profit personnel, en feignant l’indifférence ou se déclarant ses adversaires.

Au point de vue théorique le néo-malthusianisme, proprement dit, a fait cause commune avec les idées de génération consciente, et de réforme de la moralité admise, en ce qui concerne les choses sexuelles. C’est-à-dire que le point de vue économique n’est pas seulement pris en considération, mais aussi celui de la reproduction de l’espèce dans des conditions suffisantes de santé et de beauté, par une sélection des géniteurs.

Comme toutes les doctrines nouvelles, révolutionnaires, le néo-malthusianisme a subi et subit encore des persécutions, notamment pour ce qui concerne la divulgation des procédés anticonceptionnels dans les classes pauvres. Sous prétexte d’outrage aux bonnes mœurs, d’atteinte à la moralité publique, à la religion, à la sécurité de l’Etat, il a été, d’une façon plus ou moins ouverte ou déguisée, l’objet de mesures de répression dans divers pays, particulièrement en Suède, en Belgique, en Allemagne, en Hollande, et en France, où les dispositions de la loi du 31 juillet 1920 ne trouvent d’équivalence, en fait d’arbitraire, que dans les lois, dites « scélérates », de 1804, contre les menées anarchistes.

Il n’est à retenir, à l’égard du néo-malthusisme que deux objections sérieuses : L’une, d’ordre médical, a trait aux inconvénients que présentent pour les femmes, l’emploi de certains moyens et la stérilité volontaire, quand elle se prolonge abusivement ; l’autre, d’ordre social, nous fait entrevoir le danger d’une extinction progressive des éléments humains les plus intelligents et les plus cultivés, les plus réfléchis par consé-


quent, au profit des peuples arriérés, des dégénérés et des êtres frustes, qui n’ont pas les mêmes scrupules, et sont généralement incapables d’apporter, dans leurs relations conjugales, les mêmes réserves. — Jean Marestan.

MALTHUSIANISME, NÉO-MALTHUSIANISME. D’autres camarades traitent ici du malthusianisme du néo-malthusianisme tels que le conçurent Malthus, Paul Robin, Drysdale et leurs disciples avec beaucoup plus de compétence scientifique que je ne saurais le faire. Aussi, me bornerai-je à rechercher quelle est l’attitude individualiste anarchiste relativement à cette très importante question.

Le point de vue théorique du malthusianisme n’a jamais conquis les individualistes. En premier lieu, quelles statistiques valables peut fournir une production non point basée sur les besoins de la consommation mais réglée sur l’avidité de la spéculation ? En second lieu, l’emploi des moyens préventifs ne rend ni meilleur ni pire ; les classes aisées le pratiquent et c’est dans leur sein que se recrutent accapareurs, privilégiés, monopoleurs. La natalité serait-elle réduite à un strict minimum que cette réduction ne suffirait pas pour rendre les hommes plus conscients et plus heureux, au sens profond du terme ; ils ne seraient ni moins ambitieux, ni moins violents, ni moins jaloux. Ce qui n’empêcherait qu’en régime néo-malthusien, il se trouverait, comme actuellement, des humains généreux, larges, aux aspirations élevées.

Le bon sens démontre que dans tout milieu social basé sur un contrat imposé, moins on a de charges, plus on est libre ; moins on accepte de responsabilités, plus on est indépendant. Des êtres raisonnables sélectionneront toujours, entre leurs besoins, leurs aspirations, leurs appétits, leurs, fonctions, ceux de nature à les rendre les moins dépendants possibles des conditions économiques de la société capitaliste et des préjugés de l’ambiance sociale.

Indifférents aux gémissements des moralistes, négateurs des jouissances sensuelles et prêcheurs de résignation, des repopulateurs parlementaires aux familles restreintes, des chefs du socialisme qui comptent sur l’accroissement des miséreux pour les hisser au pouvoir, les individualistes néo-malthusiens voulurent opposer au déterminisme aveugle et irraisonné de la nature leur déterminisme individuel, fait de volonté et de réflexion.

Ce n’est donc pas au point de vue de la « loi de population » que se sont situés les individualistes qui ont réclamé la faculté de libre exposition de la théorie et de la pratique néo-malthusienne. Considérant que pour se défendre contre les intempéries, l’homme a construit des habitations, s’est couvert de vêtements, a allumé du feu ; qu’il a réagi contre l’obscurité par des appareils d’éclairage toujours plus perfectionnés, contre la foudre par le paratonnerre, etc., etc., ils ont revendiqué pour l’humain émancipé la même possibilité d’éviter, par des procédés d’ordre mécanique, la venue d’une maternité non désirée.

A la suite de spécialistes, les individualistes néo-malthusiens démontrèrent que « la procréation n’est pas une fonction indispensable à la vie individuelle » ce en quoi elle diffère de certains phénomènes comme la nutrition, la respiration, etc.

C’est partant de là que les individualistes ont toujours soutenu qu’il était « exorbitant que d’un coït passager il puisse résulter pour la femme une maternité non désirée, qu’une relation sexuelle accidentelle fasse envisager à un homme la responsabilité d’une paternité ».

En revendiquant pour leurs compagnes la faculté d’être mère à leur gré les individualistes néo-malthusiens virent, non un conformisme aux fameuses « lois