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PAP
1949


J’ai dit plus haut que certains papes n’avaient régné que quelques semaines, voire quelques jours. Il faut ajouter qu’entre deux papes, il y avait parfois un interrègne considérable, parce que les cardinaux ne parvenaient pas (malgré la collaboration du Saint Esprit, c’est-à-dire de Dieu), à se mettre d’accord. C’est là un des plus grands scandales qui déshonorent l’histoire de la Papauté.

Célestin IV ne fut élu pape qu’après une vacance de 2 ans ; Grégoire X, après un interrègne de 3 ans ; Nicolas IV, après une année et son successeur Célestin V dut attendre 27 mois ! Après la mort de Benoît XI, il y eut une vacance de 11 mois ; après celle de Clément V une vacance de 28 mois….

Durant ces interrègnes, les gens de la Curie s’en donnaient à cœur joie. Ce n’était que procès, intrigues, vente de sauf-conduits, de dispenses, de privilèges de toutes sortes.

On réagit contre ces scandales, en soumettant les Conclaves à un règlement sévère. Les cardinaux étaient enfermés tous ensemble, dans une même chambre. Ils n’étaient autorisés à conserver qu’un seul serviteur chacun auprès d’eux et leurs aliments leur étaient apportés à travers un guichet.

Si le Saint Esprit ne les avait pas visités au bout de trois jours et s’ils n’étaient pas arrivés à se mettre d’accord sur le choix d’un pape, on diminuait leur ration alimentaire pour les obliger à se dépêcher.

Moins sévère aujourd’hui, l’organisation des Conclaves maintient cependant pour les cardinaux l’obligation d’être séquestrés jusqu’à la fin de l’élection. Excellente précaution…

Machiavel déclare que « plus un peuple habite près de la Cour romaine, moins il possède de religion ». Et Guichardin écrit : « On ne saurait dire de la Cour de Rome tant de mal qu’elle n’en mérite encore davantage. »

Isidore Chiari, évêque de Foligno, va jusqu’à dire que : « parmi les deux cent cinquante évêques de l’Italie, à peine pourrait-on en trouver quatre méritant le nom de pasteurs spirituels et administrant réellement leur charge. »

Sainte Catherine de Sienne vint trouver Grégoire XI et lui dit « qu’elle sentait dans la Curie romaine la puanteur des vices infernaux ».

Saint Bonaventure, que les Papes avaient pourtant comblé d’honneurs n’a pu s’empêcher de comparer Rome à « une prostituée qui enivrait les rois et les peuples du vin de sa débauche ».

Le peuple romain, loin d’estimer la Papauté, détestait cordialement tout ce qui touchait, de près ou de loin, au Vatican. « On n’a pas souvenir d’un Pape dont la mort ait été un sujet de deuil pour les Romains. » (Dubarry.) La mort du Pape était, au contraire, le signal de la réjouissance populaire ou de la révolte.

Les Romains expulsèrent la Papauté de Rome à plusieurs reprises, en effet. De 1140 à 1149, par exemple, les papes ne purent rentrer dans la Ville éternelle.

A la mort de Paul IV, le peuple se souleva et délivra tous les prisonniers de l’Inquisition, puis mit le feu à la prison.

Le grand schisme d’Occident, conséquence de ces compétitions farouches, mit le coupable au scandale. Pendant 71 ans, on vit le spectacle de deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avignon (à certain moment il y en eut même trois !) s’excommuniant et s’anathématisant réciproquement… (xive et xve siècle).

Un autre exemple de ces compétitions : le pape Sergius III est élu en 898, concurremment avec Jean IX, mais celui-ci l’emporte, étant soutenu par l’empereur Lambert. A Jean IX avait succédé Benoît IV, puis Léon V (903). Moins de deux mois après, celui-ci fut renversé par Christophe, qui l’incarcéra. Mais, dès le commencement de 904, on vit revenir Sergius III avec


l’appui des Francs et il envoya Christophe rejoindre Léon V en prison, jusqu’à ce qu’on les supprimât tous deux. (Abbé de Meissas.)

Moins d’un siècle plus tard, les Éphémérides de la Papauté nous fournissent un tableau analogue. Nous voyons, de 964 à 985, un premier pape assommé, un second mort captif en exil, un troisième maintenu par une répression barbare, un quatrième étranglé et un cinquième mort de faim ! Après cela, il y a des gens pour croire que le Christianisme est venu civiliser l’humanité ! Il est vrai qu’ils ont l’excuse, comme la quasi unanimité des croyants, de ne rien connaître de l’histoire de la Papauté, ou de n’en connaître qu’une version falsifiée pieusement, comme tout le reste.

Gonflée littéralement de richesses fabuleuses, Rome fut pillée et mise à sac (en 1527) par les Allemands, les Espagnols et les Italiens. Les rares chrétiens sincères y virent un châtiment de Dieu pour les hontes de la Papauté.

Turpitudes et crimes du Vatican. — Je ne m’arrêterai pas aux crimes de l’Inquisition, car nous avons traité ailleurs la question. Rappelons simplement que la responsabilité de ces crimes incombe entièrement au Vatican. Ce sont les Papes qui ont créé l’Inquisition et qui ont donné aux Inquisiteurs les instructions concernant la procédure à suivre contre les hérétiques. Ces instructions, dignes des bourreaux qui les mettaient en application, étaient dictées par une cruauté sans égale. Elles ont permis de torturer, de violenter (et de détrousser, car l’Église ne perd jamais une occasion de remplir ses poches) des centaines de malheureuses victimes innocentes.

Pour obliger les seigneurs et les rois à exterminer les hérétiques, on les menaçait de l’excommunication. C’est ainsi que des milliers d’Albigeois furent brûlés vifs sur l’ordre du Pape (1208) avant même que l’Inquisition eût été organisée définitivement.

Innocent VIII (1484-1492) prescrivait aux magistrats civils d’exécuter les sentences de l’Inquisition sous peine d’excommunication, « promptement, sans appel et sans le moindre coup d’œil jeté sur la procédure » (sic). (Abbé de Meissas.)

De tels exemples pourraient être multipliés mais sont-ils bien sincères ceux qui essaient de laver la Papauté de toute complicité dans les atrocités de l’Inquisition ? N’insistons pas, car le rôle sanguinaire de l’Église n’est que trop connu et, dans la circonstance, les rois et les seigneurs, si barbares et cruels qu’ils aient été, ne furent que des instruments dociles entre les mains des prêtres intolérants et fanatiques.

Nous avons parlé des Croisades et des hécatombes qu’elles ont nécessitées. Non seulement elles furent inutiles, puisqu’elles ne donnèrent même pas les résultats qu’on en attendait, mais elles entretinrent entre les races chrétiennes et islamiques les haines les plus funestes. Nous pourrions parler aussi des guerres de religion, en particulier de la répression du protestantisme, dont la responsabilité incombe aux Papes dans une très large mesure.

A part quelques rares exceptions, prêtres, évêques et moines poussèrent au massacre des huguenots. Le clergé de Paris fit des processions au lendemain de la saint Barthélémy. Le pape lui-même (Grégoire XIII) ordonna une procession d’actions de grâces, à Rome et il y assista. Il fit également frapper une médaille pour commémorer le souvenir de ce grand événement et glorifier le triomphe de la Foi sur l’Hérésie — sans parler des félicitations qu’il envoya au lamentable Charles IX.

(Ces félicitations, nous les retrouverons plus tard dans la bouche de Bossuet, l’Aigle de Meaux, adressant à Louis XIV les éloges les plus exagérés au lendemain de la révocation de l’Édit de Nantes, qui rallumait la