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MAR
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de placer les questions sur leur véritable terrain, de se débarrasser d’anciennes formules qui cachent plus souvent qu’elles n’expriment ce que l’on veut en réalité. »

Il n’y a pas qu’en Belgique où le marxisme soit contesté et combattu : les pays anglo-saxons n’ont jamais compris que le marxisme puisse avoir un prestige sur les masses. En France, la question n’est pas moins trouble qu’ailleurs ; nous sommes tentés de dire qu’elle est pire. Des politiciens se réclament du communisme, d’autres du seul mot de socialiste, pendant que certains se désignent comme républicains socialistes et d’autres se veulent être des radicaux-socialistes qu’il ne faudrait pas confondre avec les socialistes-radicaux. Pour un peu, tous les parlementaires arboreraient la cocarde socialiste. Dans un pays où tant de… socialismes foisonnent, il est tout indiqué qu’il n’y en ait aucun de scientifique et d’équitable. Aussi, assistons-nous à des marchandages politiques sans fin et sans portée réellement socialiste. Le profit personnel est roi. S’il apparaît que le vieux monde politico-économique chancelle, on ne s’intéresse pas, pour cela, à étudier ce qu’il faudrait mettre à la place si un incendie ou une inondation obligeait à remplacer la maison détruite. On cherche, par un éclectisme de circonstance, à faire quelques réparations qui dureront autant, sans doute, que les législateurs qui les ordonnent…

Dans son nouveau livre « le Marxisme a-t-il fait faillite ? » M. Vandervelde fait un sérieux effort, quoique se disant agnostique, pour expliquer que le Manifeste Communiste aussi bien que le programme d’Erfurh ont conservé leur valeur socialiste ; et, s’appuyant sur certaines déclarations, cherche à revigorer la doctrine marxiste d’une âme nouvelle. À cet effet, il veut bien nous faire savoir qu’une littérature marxienne a été publiée en Russie et qu’elle compte quarante-deux volumes. Désormais, en s’appuyant sur Marx ou sur quelque autre marxiste, plus ou moins orthodoxe, il sera toujours possible d’utiliser, quelques mots extraits d’un livre, quelques phrases d’un document ou quelques passages sortis à propos d’un ouvrage pour montrer que le marxisme est le pur socialisme et le seul système social qui puisse résister à l’examen. En utilisant, par le même procédé, des extraits appropriés à une thèse différente ou opposée, divers passages des écrits des mêmes auteurs, on peut étayer un système social contraire.

Encore une fois ce que nous disons du marxisme ne signifie pas que tout est mauvais dans la théorie marxiste ni dans la pratique de cette doctrine, qui est plutôt une méthode à appliquer selon les lieux et les circonstances, mais prouve qu’elle prend trop souvent ses désirs pour la réalité, ce qui n’est pas… bien… scientifique… Le marxisme n’est pas une doctrine, mais une méthode souple et variable, qui s’adapte merveilleusement aux circonstances quand le recrutement politique, pour la conquête des pouvoirs publics, le permet. En peu de mots, le marxisme est, avant tout, une machine électorale pour assurer l’élection de ceux qu’il prend sous sa protection.

Le marxisme, étudié de près, n’est qu’un mysticisme permanent de matérialisme et de déterminisme économique valable pour la conquête des pouvoirs publics. Rien d’étonnant que le marxisme touche à tout, sans rien déterminer scientifiquement ; et c’est la raison pour laquelle, selon les lieux et les circonstances le marxisme rejette brusquement les idées relatives à la morale, à la liberté et à la justice, quitte à les reprendre vaguement pour les besoins de la cause politique à défendre à une autre occasion.

Pour un socialiste marxiste, le socialisme est une espèce de transsubstantiation matérielle qui change en pur diamant tous les erzats que l’économie politique


fait surgir des institutions sociales, en commençant par la prétendue production… socialisée, chère aux déterministes aussi bien qu’à M. E. Vandervelde.

Le rôle social des futurs dirigeants marxistes sera d’autant plus aisé à remplir que la fatalité des événements, devant suppléer à la volonté et à la science humaine, aura préparé la route à suivre.

Dès lors, du côté intellectuel et moral, le socialisme n’a pas à s’intéresser, comme le soutiennent Colins et ses disciples, depuis près d’un siècle, de ce que Lafargue appelle des grues métaphysiques. C’est simple, et, disons-le nettement, trop simple pour avoir une valeur sociale sérieuse. Le socialisme ne peut être que l’application de la justice à la société. Alors que le marxisme n’est pas une science réelle, il peut être considéré au point de vue social, comme une théorie d’adaptation au milieu, susceptible de prendre les formes les plus diverses et par là, dans certains cas, pourra aider à l’avènement du socialisme rationnel, seul durable et scientifique. Il pourra aussi être le naufrageur du socialisme. Cette manière de poser la question sociale ouvre au marxisme un horizon nouveau avec des avenues commodes pour atteindre le pouvoir et les richesses qu’il orienterait vers l’usage général, en raison du travail et du mérite de chacun dans une atmosphère d’harmonie sociale où la liberté individuelle n’aura plus rien à craindre. L’ignorance sociale de l’époque sert le marxisme, qui repose sur des mythes économiques…

Le socialisme rationnel substitue au marxisme une méthode réaliste, morale, économique et pratique, telle que Colins l’a formulée dans son œuvre immortelle de science sociale.

Pour résumer notre pensée sur le marxisme, nous dirons : 1° Que cette doctrine est un modèle d’illusionnisme ; 2° que l’illusionnisme est aussi vieux que le monde, mais qu’il a servi jusqu’ici, avec des secousses morales et économiques, à maintenir un ordre relatif ; 3° que tant que le désordre n’a pas commis tout le mal qu’il peut faire et que, de ce fait, la nécessité sociale n’est pas suffisamment exigeante pour y mettre fin, la société ignorante doit continuer d’expier ses fautes sous le fouet de l’illusion ; 4° que pour si chaotique et boueuse que soit notre époque, il peut être nécessaire de faire l’expérience d’une illusion nouvelle ; 5° que de plusieurs maux il faut choisir le moindre, surtout quand ce mal nécessaire peut devenir un bien relatif à l’instauration du Socialisme juste et scientifique, où l’illusion fera place à la vérité-réalité que le bon raisonnement déterminera, après avoir retourné dos à dos le matérialisme et l’anthropomorphisme.

De ce que nous avons dit du marxisme, il résulte que cette méthode d’organisation économique se présente comme facteur possible, plus ou moins déterminant, d’un éclectisme presque providentiel, où l’on trouve de tout un peu. En époque d’ignorance sociale, le marxisme, en déplaçant certains maux dont souffre la société, peut amener quelques modifications accidentelles favorables à la vie générale, en attendant que la nécessité sociale oriente l’Humanité vers la suppression effective du paupérisme moral aussi bien que matériel. Le marxisme conduit au fonctionnarisme et à une variété de socialisme étatiste.

Le marxisme prétend, non seulement organiser la propriété générale, mais il tend à organiser aussi l’exploitation des richesses. Par là, le marxisme prépare la gestation et la naissance du fonctionnarisme le plus despotique que l’univers ait connu.

Il est conduit à cette solution parce qu’il ne discerne pas scientifiquement, dans l’appropriation sociale des richesses, la différence essentielle qu’il y a entre la source passive des richesses ‒ sol général ‒ qui est nécessaire, pour la production générale, et les produits