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parce que la femme étant, en moyenne, plus faible que l’homme et, par surcroît, sujette à des troubles physiologiques, que le sexe mâle ne connaît point, il est juste qu’elle soit l’objet d’attentions particulières. Éventuellement, d’ailleurs, il serait bien qu’une femme jeune et robuste se privât de son siège en faveur d’un mutilé ou d’un vieillard.

Se laver les mains avant de se mettre à table, manger en évitant de toucher les aliments avec ses doigts, n’est pas une question d’afféterie, mais d’hygiène et de propreté. Ne discuter qu’avec tact lorsque nous avons affaire à des personnes ayant des idées opposées aux nôtres, éviter de les froisser, tâcher plutôt d’éveiller leur curiosité, n’est ni une faiblesse ni de la dissimulation. Les invectives, l’ironie blessante, ne sont pas des arguments, et ils éloignent de nous plutôt qu’ils ne plaident en faveur de nos doctrines.

Il n’est pas indispensable de compulser de gros ouvrages spéciaux pour être de bonne éducation. Il suffit, à tout moment, d’avoir envers les personnes qui nous entourent, la conduite correcte et les prévenances dont nous serions heureux de bénéficier si nous étions à leur place. — Jean Marestan.


POLYTHÉISME n. m. (du grec : polus, nombreux ; theos, dieu). Le polythéisme, ou culte de plusieurs dieux, est antérieur au monothéisme, ou culte d’un dieu unique, mais lui-même n’est pas apparu dès les tout premiers temps de l’humanité, ainsi qu’on le prétend d’ordinaire. Armand de Quatrefages professait que la religiosité constitue, avec la moralité, la caractéristique essentielle de la race humaine, du règne humain, comme il disait, voulant marquer par là que « l’homme est distinct des animaux au même titre que ceux-ci sont distincts des végétaux. » Pourtant notre espèce n’a pas échappé à la loi d’évolution ; et de longs siècles furent nécessaires avant qu’elle puisse se poser les problèmes qui donnèrent naissance aux religions. A l’époque moustérienne, on inhumait les cadavres ; de plus, leur attitude repliée indiquerait, dit-on, l’existence d’un rite, la croyance à la vie future. Admettons-le ; mais bien des milliers d’années s’écoulèrent avant d’en arriver là. Aux époques chelléenne et acheuléenne, on ne trouve rien de pareil. Certains animaux enterrent leurs compagnons défunts ou les couvrent de branchages ; beaucoup tremblent devant la mort ; aucun indice ne permet d’affirmer que l’idée de survie hante leur cerveau. La religion apparut lorsque l’homme s’interrogea sur son origine et sa destinée, lorsqu’il chercha une explication aux phénomènes de la nature. Ce qui exigeait une évolution cérébrale déjà très avancée. Ne pouvant rien comprendre aux forces cosmiques et à l’inflexible déterminisme de leurs lois, il peupla l’univers d’esprits semblables au sien, mais plus puissants. Alors naquit le polythéisme qui, malgré les prodigieux succès du monothéisme (voir ce mot), continue de régner aujourd’hui sur une notable partie du globe. Le fétichisme des sauvages actuels témoigne d’un état d’esprit voisin de celui des hommes primitifs. Dans l’ancienne Égypte, corps célestes, plantes, animaux, etc., prenaient forme de dieux, tant l’animisme demeurait un penchant essentiel de l’âme populaire. Chats, ibis, chacals, éperviers, crocodiles, scarabées étaient sacrés ; le culte du taureau Apis, à Memphis, et celui du bouc de Mendès sont restés fameux. Le taureau Apis devait être noir, avec un triangle blanc sur le front, une marque ressemblant à un vautour les ailes étendues sur le dos et, sur la langue, un signe en forme de scarabée. Des prêtres le nourrissaient soigneusement et l’honoraient comme un dieu. Sa mort était un deuil national. Parmi les divinités à forme humaine, plusieurs avaient une tête d’animal, souvenir certain de leur nature primitive. Même des arbres, même d’humbles végétaux furent considérés comme sacrés. L’anthropomorphisme triomphera plus


tard ; mais les Égyptiens juxtaposeront les divers cultes adoptés successivement par eux, sans chercher à les fondre ensemble ou à les relier par un lien logique. D’où l’inextricable chaos de leurs croyances théologiques. Une hiérarchie finit par s’établir entre les dieux ; Horus, Râ, Osiris passèrent au premier plan ; Ammon-Râ jouit d’une grande vogue sous le règne d’Aménophis IV ; Sérapis devint le dieu principal à l’époque des Ptolémées. Nos pudeurs actuelles étaient inconnues de ces religions anciennes ; et le phallus, symbole de l’éternelle fécondité de la nature, faisait l’objet d’un culte qui s’étalait au grand jour. Des figures, dont l’organe viril n’était guère moins important que le reste du corps, étaient portées triomphalement dans certaines cérémonies. On faisait saillir les femmes stériles par le bouc sacré de Mendès. « Cet animal étant fort enclin aux actes de Vénus, écrit Diodore de Sicile, on jugea que son organe, qui était l’instrument de la génération, méritait d’être adoré, parce que c’est par lui que la nature donne naissance à tous les êtres. » Assemblage de cultes locaux disparates, la religion du peuple égyptien manifesta des tendances vers le monothéisme, mais n’y aboutit jamais.

Les Assyriens ont connu des dieux animaux, mais c’est dans les astres qu’ils plaçaient leurs divinités essentielles. Samas régnait dans le soleil, Sin dans la lune, Adar dans Saturne ; dans Jupiter habitait Marduk, dans Mars Nergal, dans Vénus la déesse Istar, dans Mercure Nébo ; Bin commandait aux tempêtes et aux orages. Aux environs de 860 avant notre ère, un roi assyrien comptait plus de 7.000 dieux petits ou grands. Ils étaient groupés par trois, chaque dieu ayant pour épouse une déesse qu’il fécondait. Le premier souverain de la Babylonie unifiée, Hammurabi, plaça Marduk à la tête des autres dieux. Il prétendait en avoir reçu un code de lois, que l’on a retrouvé à Suse et qui ressemble beaucoup au code mosaïque. Mais comme Hammurabi a vécu six siècles avant Moïse, c’est ce dernier qui l’a plagié. Sur bien des points, la Bible s’est d’ailleurs inspirée des traditions assyriennes ; ainsi, concernant le déluge. Furieux contre les hommes, les dieux décident qu’ils périront par l’eau, sauf Unnapishtin et les siens qui construisent une arche et s’y enferment. L’eau tombe d’une façon effrayante ; et l’arche s’arrête sur une montagne au bout de sept jours. Une colombe, puis une hirondelle lâchées par Unnapishtin, ne trouvant de terre ferme nulle part, reviennent ; un peu plus tard, un corbeau part et ne reparaît point. Le Noé assyrien quitte l’arche et offre un sacrifice aux dieux. Antérieure au récit biblique, cette fable fut admise par les juifs, qui se bornèrent à la modifier en l’adaptant au monothéisme. Au dire des prêtres babyloniens, les astres exerçaient une profonde influence sur la destinée des hommes ; leur inspection permettait en conséquence de prévoir l’avenir. D’où l’astrologie qui, de nos jours encore, compte des partisans.

Le culte phénicien, qui s’adressait à une multitude de dieux locaux, fut particulièrement cruel, On immolait des enfants les jours de fête ou pendant les épidémies, les disettes et les autres calamités publiques. Engraissés au préalable, ils étaient suppliciés sous les yeux de leur mère qui devait s’abstenir de pleurer. Afin d’accroître les douleurs des victimes, on les traînait entre deux feux à l’aide de cordes mouillées ; plus tard on les brûla dans des statues métalliques. Pour s’assurer la bienveillance divine, des parents n’hésitaient pas à faire mourir leur unique enfant ou leur premier-né dans des souffrances atroces ; les époux sans postérité achetaient les enfants de parents pauvres pour les offrir au moloch odieux. A Carthage, qui fut fondée par des phéniciens comme on le sait, un chef de révoltés fit crucifier son fils afin de se rendre la divinité favorable. Deux cents enfants, désignés par le sort et appartenant aux principales familles, furent brûlés, quand