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PED
2000


de plus en plus les arts font appel aux sciences pour déterminer les buts qu’il faut atteindre et les moyens d’y parvenir. La pédagogie a donc été tout d’abord un art. Art bien empirique et bien imparfait, que nous retrouvons non seulement chez les sauvages, mais encore chez les animaux. Le faucon exerce ses petits à la chasse. Le canard apprend peu à peu à nager aux canetons. La mère ourse donne des leçons à son ourson, le punissant et le récompensant suivant qu’il fait preuve de bonne ou de mauvaise volonté à l’étude. Les fourmis ont leurs leçons de gymnastique et de construction. Cette éducation animale basée sur l’exemple et l’imitation est une préparation à la vie par un apprentissage gradué.

Nous ne savons pas comment nos ancêtres préhistoriques élevaient leurs enfants, mais nous pouvons en avoir quelque idée par la connaissance de la pédagogie des primitifs, c’est-à-dire des sauvages actuels. Chez les plus déshérités d’entre eux, l’éducation est pour ainsi dire inexistante, mais l’allaitement dure très longtemps : trois ans ou plus. Chez des peuples moins arriérés on peut observer trois degrés dans l’éducation. Au premier degré c’est l’éducation domestique, libre de l’enfant que le père ou la mère — suivant les peuplades — ont décidé de conserver, car il est des enfants que l’on tue, soit parce qu’on les juge trop faibles — et ce sont surtout les filles, moins utiles, qui sont supprimées — soit pour toute autre cause.

A cette première période (puériculture) succède celle de l’initiation sexuelle. La mère s’occupe de la fille et lui apprend les soins du ménage. Le père s’occupe du garçon. A l’initiation sexuelle succède l’initiation sociale, réglée soigneusement par la tradition et où la magie tient une large place. Les enfants sont alors soumis à des épreuves (tatouages, dents arrachées, mutilations, initiation à des secrets magiques, etc.) accompagnées des chants et des danses rituelles. On a essayé de civiliser ces primitifs, les expériences n’ont donné que de maigres résultats : les adultes ne sont pas modifiables ; les éducateurs ont été le plus souvent des missionnaires catholiques ou protestants qui ont plus songé à évangéliser qu’à éduquer véritablement. Une véritable éducation de ces peuplades doit être tout d’abord professionnelle et adaptée au milieu. Il faut tenir compte des tendances héréditaires. « Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, dit que l’amour de la patrie est un sentiment qui a été placé dans le cœur de l’homme par Dieu lui-même ; il cite des sauvages venus des endroits les plus éloignés et transplantés dans des pays civilisés, à Paris par exemple, où ils mouraient d’ennui ; il en conclut que l’amour de la patrie est un sentiment inné et divin. Il n’en est pas ainsi : il faut voir dans cet amour du milieu où le sauvage a été élevé, le fruit d’une longue adaptation de la race qui fait prendre à l’organisme des tendances telles qu’il ne peut. bien vivre que dans ce seul milieu. » (Sluys). Qui a bien compris ceci admettra sans peine que les patriotismes iront en s’affaiblissant au profit de l’internationalisme. « L’enquête sur l’éducation des primitifs, écrit encore Sluys, montre que pendant un nombre considérable de siècles, l’évolution de l’éducation suit l’évolution sociale elle-même ; le milieu modifie, l’hérédité fixe, les croyances cristallisées sont. transmises par des initiations ; l’enfant imite les parents et s’adapte ainsi au milieu social. »

La Grèce antique a vu s’opposer deux systèmes d’éducation : l’éducation du guerrier à Sparte et du citoyen à Athènes. Sparte fut, pendant des siècles, un haras humain : ne pouvaient se marier les individus mal conformés ou qui avaient été lâches à la guerre ; les nouveaux-nés faibles, chétifs, tarés étaient jetés dans une fondrière. A partir de sept ans, les enfants enlevés à la famille étaient endurcis physiquement et moralement, habitués à la douleur, aux jeux violents, exer-


cés à la course, au saut, à l’a nage. Cette éducation produisit une race de guerriers grossiers, inhumains et perfides, dont le nombre alla d’ailleurs en diminuant et qui finirent par être gouvernés par des femmes. Lorsque l’on parle de l’éducation à Athènes, il ne faut pas oublier que cette éducation, qui avait pour but de former des citoyens, ne s’appliquait qu’aux enfants des citoyens et qu’il y avait, à Athènes plus de dix fois plus d’esclaves et de serfs que d’hommes libres.

Le but de l’éducation, à Athènes, était de former le citoyen cultivé, fort, sain, aimant le bon et le beau. La civilisation brilla alors à Athènes tout pendant que ses habitants ne se laissèrent pas amollir par la richesse, la puissance et le voisinage du luxe oriental, Rome imita alors le système d’éducation de la Grèce sans cependant l’égaler. Parmi les caractères particuliers de l’éducation romaine, il faut en noter quelques-uns qui ont influé profondément et pendant longtempssur l’éducation française. D’abord le droit du père de famille de noyer ou d’étouffer le nouveau-né difforme et d’user de sévères punitions corporelles ; ensuite l’invention de la grammaire, de la rhétorique ; l’étude des humanités, c’est-à-dire celle du grec, à l’aide de versions, de thèmes, etc.

Puis la civilisation romaine sombra sous les invasions barbares.

Pendant le moyen âge, l’éducation fut avant tout chrétienne. L’étude se faisait d’après les textes ; l’observation était négligée ; l’enseignement. portait sur des mots, des définitions, des raisonnements appliqués à des principes que l’on considérait comme indiscutables parce qu’ils appartenaient au dogme ou avaient été formulés par Aristote. Ce fut le règne de la scolastique et l’on vit des thèses de doctorat qui ne peuvent que nous faire sourire aujourd’hui, par exemple : « Adam et Eve avaient-ils un nombril ? » « Quand un paysan va au marché, menant un cochon au bout d’une corde, est-ce le paysan qui conduit le cochon ou est-ce la corde ? » Notre pédagogie a évolué depuis, mais on y retrouve encore la trace des influences grecque et romaine comme aussi du verbalisme du moyen âge.

Il y a cependant entre la pédagogie du primitif et celle du croyant une différence, et la seconde marque un réel progrès. La première est empirique, elle se suffit à elle-même et est conduite au petit bonheur ; la seconde recherche des principes directeurs. Ces principes, elle les emprunte à une philosophie métaphysique et dogmatique. L’enfant, de par la faute d’Adam et d’Eve, est un être imparfait qu’il faut corriger à l’aide de punitions ou de récompenses ; ce petit d’homme est aussi un petit homme et on le traite comme tel ; on ne conçoit pas qu’il puisse exister chez l’enfant des tendances ayant seulement une valeur fonctionnelle, c’est-à-dire uniquement propres à assurer son développement.

Mais la philosophie a évolué, elle s’est efforcée et s’efforce encore de devenir une science positive ; elle s’appuie sur la psychologie qui, de dogmatique qu’elle était en ses débuts, tend à devenir scientifique et expérimentale, en prenant appui à son tour sur ra biologie et la sociologie.

La science de l’éducation se constitue peu à peu, mais elle n’est encore qu’ébauchée. S’occupant d’un être vivant qui évolue dans un milieu social, la pédagogie scientifique ne peut exister que si la biologie et la sociologie forment des sciences positives. Actuellement, la pédagogie est encore un art qui s’efforce de devenir une science. Mais faut-il encore parler de pédagogie, alors que ce mot a un contenu tout autre que celui qu’il avait il y a moins d’un siècle ? « Nous n’avons pas, dit A. Nyns, conservé le vieux mot. de pédagogie parce que cette science est restée trop en dessous de nos conceptions modernes, parce qu’elle a des attaches trop fortes avec la métaphysique et la philosophie